Jeudi 4 octobre 2007 4 04 10 2007 14:54

 

Latin : Qui ne s’est jamais senti pris de mysticisme devant un ablatif absolu ne peut comprendre le latiniste véritable.

C’est qu’il existe deux espèces de latinistes. Ceux qui n’ayant jamais croisé cette langue que dans les pages roses du Larousse, se gaussent d’un « quod dixit ille[1] »  de ceux qui, s’étant astreints, des années durant, à l’étude ardue de l’art de décliner peuvent s’exprimer avec aisance dans ce particulier galimatias.

Il s’avère impossible de bidouiller du latin comme on peut bidouiller de l’italien vulgaire, avec un dictionnaire et une grammaire. Salomon Reinach[2], auteur de « Cornélie, ou le latin sans larmes » explique ainsi, dans l’avant propos de sa méthode « le latin n’a pas d’article, il sous entend très souvent les pronoms, il cherche la brièveté, il use beaucoup de formules, de locutions qu’il faut connaître, et dont on ne peut deviner le sens. .. Pour faire une version latine convenable, il faut savoir du latin. Il n’y a qu’un seul moyen de savoir du latin, c’est d’en apprendre. »

Nous voilà prévenus. Or, un court détour par les statistiques de l’Education Nationale nous montrera que l’apprentissage du latin, en France, est en déclin sérieux depuis le début du vingtième siècle. 4% seulement des élèves du second cycle étudiaient le latin en 2003. C’est, aussi, que le latin, ça ne sert à rien.

L’opinion n’est pas nouvelle, on peut lire, déjà, sous la plume de Rémy de Gourmont[3] « Les études latines ont cet intérêt unique de ne pas être des poisons…. C'est en somme un bon moyen de faire passer le temps, de maintenir pendant les années ingrates l'attention fugitive des adolescents : quelques-uns d'entre eux en retireront un grand profit; aucun n'en éprouvera de dommage certain… « 

Hélas, les jeunes ne savent plus rire, et prennent Sénèque pour un con.

Le latin, pourtant, n’en finit plus d’agoniser, et de génération en génération, il ne manque jamais de véritables amoureux de l’inutile, pour perpétuer sa pratique sans crainte de forcer le néologisme dans ses derniers retranchements pour faire survivre encore cette langue merveilleuse. Vicipaedia, la version latine de Wikipédia, propose ainsi cinq mille articles en latin sur des sujets divers, de l’histoire antique à l’informatique, en passant par les biotechnologies, preuve que la race des cinglés sympathiques a encore de beaux jours devant elle, comme le latin, et c’est tant mieux.



[1] Que dit-il ?

[2] 1858-1932. Auteur également de « Eulalie, ou le Grec sans pleurs ».

[3] Epilogues.

Par Marie Rennard - Publié dans : Les L
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Jeudi 4 octobre 2007 4 04 10 2007 14:53

 

Lettre : Ce bête mot qui n’en est pas un mais sert à les épeler est un exemple étonnant de la vacuité de certaines réflexions académiques, et du temps nécessaire à l’évolution d’une langue. Les lettres, toutes les lettres de l’alphabet sont aujourd’hui des substantifs (noms) masculins. Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi.

De la nature grammaticale des lettres, on a beaucoup écrit.

Dans la première édition du dictionnaire de l’académie (1694), la lettre A est désignée comme « substantif masculin, première voyelle de l’alphabet ». Dans la deuxième édition du même dictionnaire (1718), la définition a été subtilement modifiée. « A, lettre voyelle, la première de l’alphabet. En ce sens, il est substantif ». La nuance est mince, mais elle est là.

Grammatici certant, les grammairiens, les philosophes discutent, un siècle durant, pour aboutir à un remaniement de la définition du A dans l’édition de 1798, la cinquième. « A, lettre voyelle qui forme à elle seule un mot présentant plusieurs acceptions dont la première est : A lettre substantif masculin, premier caractère de notre alphabet ; A, son, substantif masculin. » Pour enfoncer le clou et clore le débat, la définition précise « dans les deux précédentes acceptions, A est un nom substantif masculin ».

Le sort du A est donc réglé, les académiciens peuvent s’atteler au reste de l’alphabet.

C’est du genre des lettres qu’on se préoccupera, entre autres, désormais.

Peu à peu d’édition en édition, les lettres se verront d’abord attribuer les deux genres, pour n’en garder qu’un seul, le masculin. Le processus va prendre pas loin de 300 ans.

Dans la quatrième édition du dictionnaire de l’académie (1762), la lettre r (jusque là féminin) est désignée comme « Substantif féminin suivant l'ancienne appellation, qui prononçoit[1] Erre; & masculin, suivant l'appellation moderne, qui prononce Re ».  Soit, on disait jusque là une r, on aura désormais le choix, mais il faudra attendre l’édition de 1832 pour conférer légitimement à la lettre f une nature masculine.

La grammaire, on le sait, est pétrie d’immobilisme, mais c’est aussi l’équilibre, la structure et la profondeur d’une langue qu’elle porte sur son dos. Aussi n’accablons pas les grammairiens. Ils vivent dans la hantise de voir dénaturer la langue qu’ils aiment tant, et sont inoffensifs. Ayons même une pensée pour Monsieur E. Gebhart[2] qui écrivait, en 1900, consulté sur la nature grammaticale des lettres (le problème était on le voit, toujours d’actualité), sa crainte que l’orthographe nouvelle ne remplace bientôt les mots par des lettres : « … nous connaissons le B de Tunis, nous jetterons le D, nous dirons G mal à la tête, … un ministère aura du plomb dans L… le tout pour avoir R d’invention profonde »[3]. Lectures pour tous, oct. 1900

Et ce, cent ans avant les SMS.



[1] C’est Voltaire qui le premier écrira des terminaisons en « ai , ait, etc… » arguant qu’il est stupide de se conformer à l’usage et d’écrire « oi » où l’on prononce « ai ».

[2] Académicien tombé dans l’oubli.

[3] Lectures pour tous, Oct. 1900.

Par Marie Rennard - Publié dans : Les L
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Jeudi 4 octobre 2007 4 04 10 2007 14:51

 

Lycantrophie : Maladie dont sont atteintes les personnes qui se transforment à la pleine lune en loups-garous. Le virus se transmet par la salive au moment de la morsure. Le mot est dérivé du grec « loup » et « homme », ne se trouve guère que dans l’encyclopédie de Diderot et d’Alembert, et cette contribution est entièrement imputable à mon fils Virgile qui m’a gentiment livré un mot que j’ignorais pour mon dictionnaire.

Par Marie Rennard - Publié dans : Les L
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Jeudi 4 octobre 2007 4 04 10 2007 14:50

Mammouth : Le mammouth, que les ignares seuls prennent encore pour un ancêtre surdimensionné  de l’éléphant moderne, fut – pour un temps, notre contemporain. Des deux espèces, inégalement armées dans la lutte qu’elles menèrent contre le blizzardesque froid qui régnait déjà il y a plus de 20 000 ans aux environs de Novosibirsk, l’Homo Sapiens seul survécut, aussi incroyable que cela puisse paraître.

Alors que l’homme n’avait pour lui que sa taille chétive et les rares bouts de bois qu’il pouvait arracher au permafrost les jours de grand beau temps, le mammouth  jouissait d’une fourrure ostensible sur épaisse couche de lard, avait de toutes petites oreilles, l’œil minuscule, et de la corne épaisse sous les pattes.

Tant d’atouts étaient bien pour rendre l’homme envieux. Il entreprit alors d’aiguiser des silex qu’il ficela à un manche de bois, et de pourchasser les mammouths afin de leur faire rendre gorge, fourrure et gras à son propre avantage. Pour faire bonne mesure, l’homme dépeça la bête jusqu’aux os dont il usa pour se construire d’élégantes demeures. C’est au cours de l’une de ces séances de boucherie que l’homme connut l’un de ses tout premiers fous rires, quand il put constater que le mammouth, dans un souci de perfectionnisme sans doute, avait aussi développé le plus subtil moyen de rétention de ses chaleurs internes sous la forme – avouons le bien incongrue - d’un clapet anal rétractile.

Par Marie Rennard - Publié dans : Les M
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Jeudi 4 octobre 2007 4 04 10 2007 14:48

Orthographe[1] : Deux régions allemandes sur les seize existantes ont récemment refusé de mettre en œuvre la réforme de l’orthographe résolue par les instances compétentes en 1998 et qui depuis faisaient cohabiter l’ancienne et la nouvelle. Les nouveautés les plus marquantes sont l’ajout d’une consonne surnuméraire dans le cas de mots composés dont (concentrez vous) les deux dernières lettres du premier mot sont identiques à la première du dernier : on écrivait jusqu’à présent le maître nageur schwimmester, de schwimmen, nager, et meister, le maître,  ce qui somme toute peut sembler logique.

Nenni nous dit-on, il faut écrire schwimmmeister, avec trois m.

Il a également été décidé de supprimer la estzet, délicieux paroxysme, après les voyelles courtes, pour le remplacer par deux bêtes et insipides s, et dans le souci de ne pas handicaper les moins cultivés des Allemands, d’écrire phonétiquement les mots d’origine étrangère.

Quand à la place de la césure, elle est toujours en discussion, et complètera ultérieurement les mesures déjà prises pour simplifier l’orthographe.

Encore et toujours, grammatici certant, et adhuc sub judice lis est « les grammairiens discutent, mais le procès est toujours devant le juge »[2]

                                                                                   

En France, la dernière réforme de l’orthographe date de 1990, et consacre désormais d’antipoétiques hérésies de l’ordre des « douçâtre » et autres joyeusetés.

On enlève ses ailes à l’imbécillité, on dote le combatif de deux t et le persifleur de deux f, on émascule oignon en une ognonesque imposture… Autant être réduit à sucrer le café à l’immonde saccarine dont on sacrifie l’h en lui laissant deux c.

Plus de têtes qui dépassent, on régule à grands coups de pieds dans le cul les mots composés pour mieux leur châtrer l’improbable pluriel, et les chauvesouris sont légitimées par des jeanfoutres qui veulent également nous niquer les accents et nous déplacer les trémas[3].

Régulation de la langue, nous dit-on. Inssurjons nous.

S’il faut pour réguler tuer la poésie, dérégulons, osons la liberté de modifier, chacun à son échèle (on y viendra) la déraison des mots. S’il faut, de vive force, simplifier l’orthographe, que ce soit, comme le font nos enfants, dans un feu d’artifice de créationalisme. Tout sera toujours beaucoup trop compliqué, vivons les accords libres, puisque déjà laisser déserte l’errant[4].

Lors, s’il faut simplifier, allons au bout des choses, et laissons chacun à son gré baliser l’orthographe, les vieux cons pourront au moins jouir du plaisir de laisser son h au sorgho, et de risquer, à chaque pas, la chausse-trape, par bonheur, par plaisir, par goût du risque même.

Quand à perdre douceâtre, j’en pâlirais d’ennui.

Les grammairiens se comportent bien souvent comme des « passéistes ignorant le passé »[5], ils sont des spécialistes qui ne peuvent embrasser au cours de toute leur vie qu’une partie dérisoire de la vérité qu’ils recherchent. Peut-être juste parce que c’est drôle et qu’ils sont à la fois cinglés et intemporels.

Pourquoi simplifier l’orthographe pour s’arrêter toujours à mi-chemin ?

De même que les allemands suppriment leur B après les voyelles courtes pour le laisser après les voyelles longues, le conseil supérieur de la langue française ici et là tranche à loisir, dressant des listes de généralisations pour mieux en excepter d’arbitraires rebelles. Ainsi les verbes en eler et eter[6] se dotent d’un accent pour perdre une consonne, et désormais chancèlent, traînant à leur suite tout un cliquettement d’adverbes abâtardis.

Marche inexorable de l’histoire des mots, dira-t-on. Et l’on aura raison sans doute. Mais l’espèce particulière des grammairiens ressent l’intrusion de la rue dans les dictionnaires comme Marie Antoinette ressentait l’intrusion de la roture dans ses salons : en fronçant le nez.

Des époques dépend la réaction de la roture, autrefois superbe de vindicte, aujourd’hui d’ignorance.

En simplifiant à la fois à outrance et à moitié, on ôte toute crédibilité, toute légitimité à une tentative de démocratisation de la langue.

 

On ne peut contrôler une langue, à peine pouvons nous suivre toutes les finesses de notre langue maternelle et contemporaine. Lisons un peu en amont, Rabelais, Ruteboeuf. A qui devons nous de comprendre, de sourire, de retrouver dans notre langage, ou dans un autre, le mot qui aurait pu rester coincé au défaut d’une ligne ?

Les agelastes –gens qui ne rient jamais- ont fait couler beaucoup d’encre depuis que Milan Kundera en a retracé l’histoire dans « l’art du roman ». Le terme, créé par Rabelais à partir de racines grecques, n’a jamais figuré dans les dictionnaires. Inconnu au bataillon.

Il aura fallu un petit détour dans un dictionnaire anglais pour le retrouver, dûment répertorié et agrémenté de la définition congruente : « person who never laughs ».

Bref, comprenons que sans les grammairiens, nous ignorerions l’histoire des langues, qui passionne quelques maniaques inoffensifs, et cessons de les accabler. Frappons plutôt les gosses qui disent encore « si j’aurais » en terminale.



[1] Avec l’aimable collaboration de Dominique Vignal, émérite enseignante, pour la réforme allemande de l’orthographe.

[2] La question à laquelle il est fait allusion est de savoir qui est l’inventeur du rythme élégiaque.  Aperto Libro, Orlando de Rudder. Ed Larousse. Incontournable et plein d’humour.

[3] On écrirait désormais que Socrate a bu la cigüe sans un gromèlement.

[4] Il est maintenant invariable quand on le fait suivre d’un infinitif.

[5] Toujours Orlando de Rudder.

[6] Sauf appeler et jeter, dont on a considéré que les formes étaient les mieux stabilisées dans l’usage.

Par Marie Rennard - Publié dans : Les O
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Jeudi 4 octobre 2007 4 04 10 2007 14:46

Matraque : Inséparable compagne des honorables membres de la maréchaussée, la matraque nous vient, ironie du sort, d’Afrique du Nord. Il est vrai qu’elle est employée là-bas pour taper sur les chameaux, rarement sur les chameliers. Les gens d’armes, réputés pour leur sens de l’humour, ont coutume de justifier l’emploi qu’ils en font dans certains commissariats par le fait que les arabes leur ont donné, par quelque inconséquence dont ils sont coutumiers, le bâton pour se faire battre.

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Jeudi 4 octobre 2007 4 04 10 2007 14:44

Obséquieux : C’est une pratique courante dans le commerce que de se montrer obséquieux. Nul besoin de particulier talent pour cela. Car l’obséquieux n’est jamais sincère. S’il ploie si aisément l’échine pour mieux flatter votre Très Haute taille, s’il déploie tant d’humilité, c’est toujours d’en l’espoir d’en tirer maints pécunes[1], sonnants et trébuchant. Et, paradoxalement, quand l’obséquieux trébuche en saluant à cul ouvert, c’est souvent pour ne s’être point penché assez bas.



[1] Féminin ou masculin, au gré de l’indiscutable goût de chacun, vient du latin pecunia qui désigne le troupeau, et par extension le fruit de la vente des vaches.

Par Marie Rennard - Publié dans : Les O
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Jeudi 4 octobre 2007 4 04 10 2007 14:37

Ordinateur : À la question « qui a inventé la roue », personne n’a à ce jour apporté de réponse.

A la question, « qui a inventé la poubelle », chacun répond « Monsieur Poubelle »

A la question, « qui a inventé l’ordinateur »,  d’aucuns hésitent encore.

Pourtant, chacun d’entre nous se sert quotidiennement, d’une roue au moins, d’une poubelle et d’un ordinateur.

Si la poubelle constitue une salutaire amélioration de la condition humaine, l’ordinateur qui contribue pas mal, lui aussi, au confort moderne est né du cerveau hongrois de John Von Neumann, sorte de petit génie né en 1903 et qui eut l’idée, dans les années 40, d’intégrer les programmes, les algorithmes, destinés à résoudre un problème directement dans la mémoire des calculatrices.

Jusque là  le programme était construit physiquement en agissant sur des câbles, connecteurs et autres interrupteurs.

Voilà pour l’aspect matériel de l’ordinateur. Sommaire, mais suffisant.

Reste à explorer sa dimension spirituelle. Tour à tour divin et satanique, son fonctionnement cyclothymique déconcerte plus d’un utilisateur moyen, poussant les plus faibles d’esprit au mysticisme. C’est que les caprices de ces machines là sont aussi imperméables à l’âme humaine que les caprices de Dieu, et que l’homme se pose la même question devant l’écran bleu de la mort que devant les vestiges de son logis dévasté par la tempête : Pourquoi, Seigneur, pourquoi toujours moi ?

Les moins éduqués d’entre nous vont jusqu’à clore leur phrase d’un désespérément exclamatif « putain de merde ! »

           
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Jeudi 4 octobre 2007 4 04 10 2007 14:36

Paupérisme : Misère endémique de certaines familles ou classes sociales. Cette abstraction est réservée aux économistes, qui en sont friands.

Les économistes, qu’on pourrait hâtivement taxer d’inopérance, sont en fait victimes d’une science qui ne permet la prévision qu’à posteriori. Comment pourrait on leur en faire grief, ils sont en général de fort sociables créatures, peuvent passer des heures à redessiner patiemment une courbe pour lui donner juste la cambrure qu’ils lui souhaitent, mettant des trésors d’imagination en œuvre pour faire intervenir le nouveau et génial paramètre qui les fera, enfin, cheminer sur les traces de la Pythie[1].

 



[1] Oracle de Delphes. Les devineresses, à l’origine choisies parmi de chastes et désirables jouvencelles, furent remplacées, à la suite d’un enlèvement, par des femmes d’âge mûr, peu susceptibles de provoquer des élans inconsidérés au sein de la gent masculine.

Par Marie Rennard - Publié dans : Les P
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Jeudi 4 octobre 2007 4 04 10 2007 14:35

Phonobranlette : La création du  terme est attribuée par Monsieur Boris Vian à Monsieur Frédéric Laframboise, célèbre autant qu’hypothétique linguiste canadien et désigne le glissement d’une syllabe vers une autre. Parlementaire est sans doute l’un des plus célèbres exemples de phonobranlette. Parlementaire vient (toujours selon Vian) du vieux français « parler menteur », et a acquis sa forme actuelle par le jeu du glissement des syllabes.

Monsieur Frédéric Laframboise fit paraît il dériver cette dénomination de la « chaise à branlette », fauteuil à bascule des canadiens.

Le mot est mal connu, et mérite mieux qu’une simple note de bas de page dans une chronique intitulée « le prix d’un parlementaire », dont je recommande à chacun la lecture, tant elle reste d’actualité.

C’est toujours dans « Textes et Chansons ».

Par Marie Rennard - Publié dans : Les P
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Jeudi 4 octobre 2007 4 04 10 2007 14:34

Relaps : Ne désigne pas, malgré son origine latine relapsus, celui qui fait deux lapsus, mais celui qui, après avoir abjuré son hérésie, y retombe. Les maîtres de l’ordre des templiers, qui renièrent publiquement leurs confessions[1] de sodomie et d’hérésie, furent déclarés relaps par l’église, et conséquemment soumis à la justice séculière (celle du roi Philippe IV, dit Le Bel à l’âge adulte, et le Baby Bel quand il était petit « pour ce qu’on avoit jamay connu d’enfan qui tant des pies pua »).  Philippe IV s’empressa de condamner au bûcher Jacques de Molay et ses acolytes, moyen simple et efficace de clore le procès[2].

Jeanne d’Arc, également, fut brûlée comme relapse pour avoir porté des pantalons malgré sa promesse de s’en tenir aux vêtements féminins. Il faut dire, à sa décharge, qu’on lui avait piqué ses jupes[3], et qu’elle n’avait d’autre alternative au port du pantalon que l’exhibitionnisme le plus sommaire, auquel personne, hormis Lady Godiva[4], et seulement par altruisme, ne s’était à l’époque résigné.

Mais revenons à plus de sérieux. Les textes régissant l’inquisition et ses tribunaux sont éloquents et constituent en outre une lecture fort divertissante. Que les curieux plongent plus avant dans le « Directoire des inquisiteurs » de Nicolas Eymeric, abondamment cité et commenté par Monsieur Voltaire dans son Dictionnaire Philosophique, et dont je vous laisse découvrir quelques lignes.

 

« Les relaps, lorsque la rechute est bien constatée, doivent être livrés à la justice séculière, quelque protestation qu’ils fassent pour l’avenir, et quelque repentir qu’ils témoignent. L’inquisiteur fera donc avertir la justice séculière qu’un tel jour, à telle heure, et dans un tel lieu, on lui livrera un hérétique; et l’on fera annoncer au peuple qu’il ait à se trouver à la cérémonie, parce que l’inquisiteur fera un sermon sur la foi, et que les assistants y gagneront les indulgences accoutumées. »

Le barème des indulgences octroie trois ans de rémission de purgatoire aux délateurs d’hérétiques, ainsi qu’à ceux qui contribuent à la capture ou à la condamnation d’un hérétique, mais quarante jours seulement pour les spectateurs des procès.

 



[1] Avouées sans torture. Les historiens se perdent en conjectures.

[2] Pour connaître  les détails, sans le côté fastidieux (ni malheureusement la rigueur) des exposés historiques, lire « les rois maudits » de Maurice Druon.

[3] Par pure malveillance.

[4] 868-1067, épouse du Lord de Coventry, intercéda à plusieurs reprises auprès de celui-ci pour qu’il consente à baisser les impôts dont il accablait le peuple. Excédé, il lui répondit qu’il reverrait les impôts à la baisse le jour où elle traverserait la ville en tenue d’Eve. Lady Godiva fit savoir aux habitants de la ville qu’ils aient à se tenir chez eux portes et volets clos pendant qu’elle accèderait, pour leur salut,  au vœu de son époux. La légende prétend qu’un tailleur du nom de Tom fut frappé de cécité pour avoir violé la consigne de Lady Godiva, donnant naissance au terme de « peeping tom » toujours utilisé en anglais pour désigner un voyeuriste furtif.

Par Marie Rennard - Publié dans : Les R
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Jeudi 4 octobre 2007 4 04 10 2007 14:32

Sabir : Mélange d’espagnol, d’italien, de français et d’arabe, le sabir est né sur les rives du Levant et de l’Afrique du Nord. La grammaire en est aussi aléatoire que le vocabulaire en est pauvre, le style mercantile, l’efficacité redoutable. C’est, sur les souks Marocains, la langue la plus couramment utilisée entre arabes, le discours adressé au chaland francophone restant, sur le fond, identique, et dans la forme considérablement mâtiné de français.

On rapproche souvent, par le sens, sabir de charabia, attribuant aux deux mots des origines arabes. S’ils ont tous deux la même signification, et les mêmes origines dans des nécessités commerciales, charabia désigne le dialecte auvergnat, et pourrait tenir son étymologie dans la forme ancienne « charabarat », marché aux chevaux, maquignonnage.

Par Marie Rennard - Publié dans : Les S
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Jeudi 4 octobre 2007 4 04 10 2007 14:30

Solécisme : « Vient du latin solécismus, fait du grec « illisible », signifie habitants de la ville de Solès en y ajoutant la terminaison grecque ismos (imitation) ; parce que, dans cette ville fondée sous les auspices de Solon, qui y transporta une colonie d’Athéniens, la pureté de la langue grecque se corrompit tellement par leur commerce avec les habitants de la ville de Solès, que l’on a finit par dire en proverbe : faire des solécismes, c’est proprement parler comme à Solès. »[1]

                                                           

Le solécisme désigne une violation des règles établies pour la pureté du langage, l’emploi fautif de formes par ailleurs existantes. C’est ce qui le différencie du barbarisme.

Le Petit Robert cite en exemple :

 

* « je suis été »

 

Et Molière avant lui :

 

            * « je n’avions pas étudié comme vous »



[1] Source : Grammaire des grammaires, Ch. Giraud Duvivier, 1819

Par Marie Rennard - Publié dans : Les S
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Jeudi 4 octobre 2007 4 04 10 2007 14:24

Suffragette : Revendicatrice et déterminée. Evidemment ces adjectifs, isolés de tout contexte, sont de ceux qui font frémir, surtout au féminin.

Mais replaçons les dans leur contexte, justement, pour saluer publiquement, sans ironique arrière-pensée, ces femmes qui dès la fin du 19ème siècle, affrontèrent l’opposition, les quolibets, la dérision, voire la souriante indulgence de leurs maîtres pour obtenir d’eux la reconnaissance de leurs plus élémentaires droits.

« Un néologisme qui promet » (sous) titre « Lectures pour tous » d’octobre 1900. Et de peindre en ces termes l’action militante de Mmes Kauffmann et Pelletier :

 

« Pendant la période électorale (…) Mmes Kauffmann et Pelletier parcouraient les quartiers du centre (…) puis elles se mettaient en devoir, elles aussi, de coller sur les murs leur profession de foi, sans souci des apostrophes qui ne leur furent pas ménagées…

Leur attirail, aussi bien que leur costume, prêtait quelque peu, il faut le reconnaître, à la plaisanterie ».

 

Les femmes réclament le droit de vote. Qui pis est, elles argumentent, réclament leurs droits au nom de leurs devoirs. Elles paient des impôts, elles doivent voter.

Elles s’appuient sur des précédents. Depuis 1898, une loi confère aux femmes commerçantes le droit d’élire les juges des tribunaux de commerce. Depuis 1893, l’égalité politique règne en Nouvelle Zélande. Les états américains du Wyoming et du Kansas ont reconnu le vote des femmes. Le Wyoming leur donne même le droit d’être élues aux conseils municipaux, et fait officiellement savoir que l’adoption du suffrage féminin « a contribué à bannir de l’état la criminalité, le paupérisme et le vice ».

En Europe, la Croatie et la Suède cèdent du terrain.

En Angleterre et en France, les législateurs commentent :

 

" En vain prétend-on que l'égalité civile accordée à la femme a pour corollaire nécessaire son émancipation politique. C'est méconnaître absolument le rôle de la femme dans l'humanité. Destinée à la maternité, faite pour la vie de famille, la dignité de sa situation sera d'autant plus grande qu'elle n'ira point la compromettre dans les luttes de forum et dans les hasards de la vie publique. Elle oublierait fatalement ses devoirs de mère et d'épouse, si elle abandonnait le foyer pour courir à la tribune (...) On a donc parfaitement raison d'exclure de la vie politique les femmes et les personnes qui, par leur peu de maturité d'esprit[1], ne peuvent prendre une part intelligente à la conduite des affaires publiques. " Emile Morlot, député radical.

Ils renvoient aimablement ces dames, voire leur font interdire l’accès à leurs bureaux par de débonnaires membres de la maréchaussée jusqu’à ce que lassées, elles tentent de s’ouvrir un chemin à grands coups de gifles et d’ombrelles. On en prend encore prétexte pour se gausser, en oubliant sans doute que les femmes n’obtinrent le droit de vote qu’en  1928 en Angleterre, en1944 en France (elles voteront pour la première fois en 1945), et en 1971 en Suisse, encore a-t-il fallu attendre qu’un jugement du tribunal fédéral suisse en 1990 contraigne le canton d'Appenzell Rhodes-Intérieure à accorder aux femmes droit de vote et éligibilité.

 

 



[1] Euphémisme ?

Par Marie Rennard - Publié dans : Les S
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Jeudi 4 octobre 2007 4 04 10 2007 14:23

Sycophante : Dénonçait dans l’antiquité les voleurs de figues sur les arbres consacrés, et plus tard ceux qui firent profession d’assigner en justice, par le biais de la délation, les citoyens riches dans l’espoir de se voir rétribués d’une partie des biens de leurs victimes. Le sycophante désigne de nos jours un délateur. On l’appelle également cafteur sur les bancs de l’école, indic dans la police, ou citoyen au gouvernement de Vichy…

Cela médit, ce mot présente une surprenante particularité. Il existe dans la langue anglaise, le terme « sycophant », mais qui se traduit en français par « flagorneur ».

Dans les deux langues, l’origine grecque est attestée sous la forme de phaneim montrer et sykon la figue.

C’est sur l’interprétation du sens que les points de vue divergent. Nous avons donné celui des français, voyons celui des anglophones.

Selon One Look Dictionary,  le mot, attesté depuis 1575, désignait les partisans des politiciens les plus en vue qui « montraient la figue » à leurs adversaires en un antique doigt d’honneur consistant à passer leur pouce entre deux doigts pour symboliser les organes génitaux féminins. Les politiciens s’abstenant naturellement, eux, de toute obscénité, le terme de « sycophant » en vint à désigner les flagorneurs prêts à tout pour se faire remarquer du maître.

Cette origine est confirmée par les dictionnaires de langue anglaise relativement récents, à d’infimes variantes près.

Si l’on consulte pourtant, les dictionnaires du début du siècle, on retrouve, au Webster de 1913, dans un premier sens, le délateur, et dans un second sens, le flagorneur, mais sont  signalées des incertitudes sur l’origine du sens.

Dans l’édition de 1928 du même Webster, le mystère s’est éclairci, l’origine du terme est de nouveau attribuée aux dénonciateurs des voleurs de figues, avec une obscure transition vers le sens de flagorneur.

 

Si l’explication donnée par Outlook dictionary prête le flanc au doute, elle gagne en fantaisie ce qu’elle perd en rectitude, et on doit éprouver dans ces cas là l’immense bonheur d’être le seul à avoir tort quand tous les autres ont raison.

Par Marie Rennard - Publié dans : Les S
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Jeudi 4 octobre 2007 4 04 10 2007 14:21

Torquemadesque : Qualifie d’insoutenables souffrances, le plus souvent dues à des brûlures.  Rendons à l’instant et à Desproges ce qui lui appartient. L’adjectif est de lui, et inspiré bien sûr du nom pas si propre de Torquemada.

Le plus craint des végétariens, confesseur de la reine Isabelle de Castille, fondateur en 1478 de la Sainte Inquisition,  fut nommé Grand Inquisiteur d’Espagne par le Pape lui-même, pour ce que ses résultats (25 000 condamnations d’hérétiques prononcées sous son égide) le plaçaient largement en tête de compétition. Même pour notre époque, c’est une véritable performance.

Par Marie Rennard - Publié dans : Les T
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Jeudi 4 octobre 2007 4 04 10 2007 14:19

Treizaine : Le mot a définitivement déserté les pages des dictionnaires actuels. Il est pourtant encore présent dans le Larousse de 1923, agrémenté d’une savoureuse définition « n.f. treize ou environ ».

On comprendra aisément qu’il ait été promptement sacrifié à la douzaine qui dans la même édition désignait « douze objets de la même espèce »[1], nuançant toutefois l’apparente exactitude numérique dans le cas de « une absence d’une douzaine de jours » qui pourra être plus librement interprétée.



[1] Essayez donc de caser une treizaine d’œufs dans une boîte…

Par Marie Rennard - Publié dans : Les T
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Jeudi 4 octobre 2007 4 04 10 2007 14:14

Vélocifère : Il ressemble comme deux gouttes d’eau à un mot-valise[1]. Il pourrait paraître l’opportune contraction de véloce et vociférer, désignant l’homme prompt à crier sa colère, mais il n’en est rien.

Le vélocifère, comme le célérifère, ont disparu du langage, sinon des dictionnaires pour avoir disparu des mœurs. Il désignait au 19ème siècle les voitures publiques d’une marche rapide. On nomme maintenant celles-ci TGV[2].

Le vélocifère est également, à l’instar de la draisienne, l’un des ancêtres du vélo. La draisienne fut mise au point en 1918 par Charles de Drais, qui eut l’idée de nantir le vélocifère d’une selle à ressort et d’une roue avant articulée commandée par le guidon, permettant désormais de prendre les virages sans descendre de la machine !



[1] Un mot valise est le fruit illégitime de l’amalgame de la partie initiale d’un mot et de la partie finale d’un autre mot. Ainsi l’absenthéisme désigne la théorie philosophique qui affirme que Dieu existe, mais qu’il n’est pas là en ce moment. « Le pornythorinque est un salopare » Alain Créhange. http://perso.wanadoo.fr/alain.crehange/frmotval_a.htm

[2] Ta Gueule Virgile.

Par Marie Rennard - Publié dans : Les V
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