
Muleta : La muleta, c’est cette sorte de cape montée sur un bâton dont use le matador durant la faena, dernière phase du combat avant l’estocade qui verra le toro succomber en
meuglant comme une vulgaire vache devant un toreador virevoltant d’élégance pailletée. Précisons à l’usage des débutants en espagnol qu’il ne faut pas confondre la muleta, qui signifie au choix
canne anglaise ou leurre fait d’un drap de serge rouge monté sur un bâton
[1]
, avec l’amuleto, qui signifie amulette, autre accessoire essentiel, avec le signe de croix, d’une corrida espagnole.
Au seizième siècle, les espagnols, on s’en souvient, colonisèrent l’Amérique Latine et y importèrent celles de leurs coutumes qui faisaient à l’époque la grandeur de leur nation. La Corrida et l’Inquisition. Quelques centaines d’années plus tard, ces peuples libérés des ibères poursuivirent la pratique de ce sport – je cause de la corrida, la pratique de l’inquisition étant presque partout tombée en désuétude, en y apportant quelques modifications de leur cru, et il faut bien le dire, nées du ressentiment qui caractérise l’opprimé.
On garda le toro, symbole de l’Espagne honnie, et on le mit en concurrence avec le symbole autochtone du condor. On attache sur le dos du toro un condor, et on les laisse s’arranger entre eux en confiant à de jeunes gens le rôle des picadors, sans grand risque que le toro, relativement occupé par l’oiseau [2] pas content, s’en prenne à leurs fesses. On s’en doute, à ce jeu là le toro n’a pas plus de chances qu’à l’autre. Mais quand d’aventure c’est le condor qui meurt, les paysans craignent un grand malheur. C’est que les peuples d’Amérique Latine, qui n’ont pas la maturité cartésienne des enfants des lumières, sont attachés à leurs présages. En revanche, quand en Espagne un torero succombe dans l’arène, il passe à la postérité grâce au pinceau de très grand peintres, comme Manet ou Picasso.
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