
Amphigouri : L’amphigouri est une courte folie littéraire, un écrit burlesque, volontairement obscur ou incompréhensible. Le mot acquit par extension un sens supplémentaire et péjoratif d’embrouillamini, d’inintelligible sabir patagon.
Il désigne également en poésie une petite pièce parodique et galimatiesque.
Nous citerons en exemple l’amphigouri suivant pour ce qu’il est à l’origine d’une amusante anecdote :
Qu’il est heureux de se défendre
Quand le cœur ne s’est pas rendu !
Mais qu’il est fâcheux de se rendre
Quand le bonheur est suspendu.
Par un discours sans suite et tendre,
Egarez un cœur éperdu ;
Souvent par ton mal entendu
L’amant adroit se fait entendre.[1]
Fontenelle, aujourd’hui reconnu comme l’un des premiers philosophes [2] du grand siècle, l’ayant entendu chez Madame Tencin et lui trouvant toute l’apparence d’un discours cohérent, se le fit répéter afin de s’assurer du sens. A Madame Tencin[3], qui s’étonnait qu’il n’eût pas reconnu à première lecture toute l’absurdité du poème, il répondit que celui-ci était si pareil aux finesses qu’il était coutumier d’entendre chez elle qu’il n’était pas surprenant qu’il se soit, pour une fois, fourvoyé.
[1] Auteur inconnu. Renseignements bienvenus. « Wakefield, pensant qu’il s’agissait d’un travail sérieux, s’employa à en démontrer en deux pages les faiblesses ». Curiosities of Literature. Isaac d’Israeli.
[2] Les philosophes avaient bien entendu leurs détracteurs, qui par dérision les qualifiaient de « cacouacs ». Nodier, dans son truculent « examen critique des dictionnaires » commente en ces termes : « Ce n’est pas, comme le pense M. Boiste, Voltaire qui a inventé le plaisant mot de cacouac pour désigner les philosophes; c’est un certain Moreau, historiographe très-bien pensionné, très-prolixe et très-inconnu. Cacouac est un mot grec qui signifie mauvais, avec une terminaison iroquoise qui ne signifie rien. Les philosophes s’arrogèrent ce nom comme les gueux du Brabant; et, ce qu’il y a de pis, ils prirent la dérision au mot. Ce n’est pas ce qu’ils ont fait de mieux. »
[3] Nonne défroquée, elle devint célèbre à la fois pour ses frasques amoureuses et le salon d’agiotage qu’elle ouvrit à Paris et où se pressèrent les plus beaux esprits du siècle. Ses illégitimes amours eurent pour fruit, dit-on, le mathématicien d’Alembert, corédacteur avec Diderot de l’Encyclopédie qui porte leur nom.
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