
Suffragette : Revendicatrice et déterminée. Evidemment ces adjectifs, isolés de tout contexte, sont de ceux qui font frémir, surtout au féminin.
Mais replaçons les dans leur contexte, justement, pour saluer publiquement, sans ironique arrière-pensée, ces femmes qui dès la fin du 19ème siècle, affrontèrent l’opposition, les quolibets, la dérision, voire la souriante indulgence de leurs maîtres pour obtenir d’eux la reconnaissance de leurs plus élémentaires droits.
« Un néologisme qui promet » (sous) titre « Lectures pour tous » d’octobre 1900. Et de peindre en ces termes l’action militante de Mmes Kauffmann et Pelletier :
« Pendant la période électorale (…) Mmes Kauffmann et Pelletier parcouraient les quartiers du centre (…) puis elles se mettaient en devoir, elles aussi, de coller sur les murs leur profession de foi, sans souci des apostrophes qui ne leur furent pas ménagées…
Leur attirail, aussi bien que leur costume, prêtait quelque peu, il faut le reconnaître, à la plaisanterie ».
Les femmes réclament le droit de vote. Qui pis est, elles argumentent, réclament leurs droits au nom de leurs devoirs. Elles paient des impôts, elles doivent voter.
Elles s’appuient sur des précédents. Depuis 1898, une loi confère aux femmes commerçantes le droit d’élire les juges des tribunaux de commerce. Depuis 1893, l’égalité politique règne en Nouvelle Zélande. Les états américains du Wyoming et du Kansas ont reconnu le vote des femmes. Le Wyoming leur donne même le droit d’être élues aux conseils municipaux, et fait officiellement savoir que l’adoption du suffrage féminin « a contribué à bannir de l’état la criminalité, le paupérisme et le vice ».
En Europe,
En Angleterre et en France, les législateurs commentent :
" En vain prétend-on que l'égalité civile accordée à la femme a pour corollaire nécessaire son émancipation politique. C'est méconnaître absolument le rôle de la femme dans l'humanité. Destinée à la maternité, faite pour la vie de famille, la dignité de sa situation sera d'autant plus grande qu'elle n'ira point la compromettre dans les luttes de forum et dans les hasards de la vie publique. Elle oublierait fatalement ses devoirs de mère et d'épouse, si elle abandonnait le foyer pour courir à la tribune (...) On a donc parfaitement raison d'exclure de la vie politique les femmes et les personnes qui, par leur peu de maturité d'esprit[1], ne peuvent prendre une part intelligente à la conduite des affaires publiques. " Emile Morlot, député radical.
Ils renvoient aimablement ces dames, voire leur font interdire l’accès à leurs bureaux par de débonnaires membres de la maréchaussée jusqu’à ce que lassées, elles tentent de s’ouvrir un chemin à grands coups de gifles et d’ombrelles. On en prend encore prétexte pour se gausser, en oubliant sans doute que les femmes n’obtinrent le droit de vote qu’en 1928 en Angleterre, en1944 en France (elles voteront pour la première fois en 1945), et en 1971 en Suisse, encore a-t-il fallu attendre qu’un jugement du tribunal fédéral suisse en 1990 contraigne le canton d'Appenzell Rhodes-Intérieure à accorder aux femmes droit de vote et éligibilité.
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