
Latin : Qui ne s’est jamais senti pris de mysticisme devant un ablatif absolu ne peut comprendre le latiniste véritable.
C’est qu’il existe deux espèces de latinistes. Ceux qui n’ayant jamais croisé cette langue que dans les pages roses du Larousse, se gaussent d’un « quod dixit ille[1] » de ceux qui, s’étant astreints, des années durant, à l’étude ardue de l’art de décliner peuvent s’exprimer avec aisance dans ce particulier galimatias.
Il s’avère impossible de bidouiller du latin comme on peut bidouiller de l’italien vulgaire, avec un dictionnaire et une grammaire. Salomon Reinach[2], auteur de « Cornélie, ou le latin sans larmes » explique ainsi, dans l’avant propos de sa méthode « le latin n’a pas d’article, il sous entend très souvent les pronoms, il cherche la brièveté, il use beaucoup de formules, de locutions qu’il faut connaître, et dont on ne peut deviner le sens. .. Pour faire une version latine convenable, il faut savoir du latin. Il n’y a qu’un seul moyen de savoir du latin, c’est d’en apprendre. »
Nous voilà prévenus. Or, un court détour par les statistiques de l’Education Nationale nous montrera que l’apprentissage du latin, en France, est en déclin sérieux depuis le début du vingtième siècle. 4% seulement des élèves du second cycle étudiaient le latin en 2003. C’est, aussi, que le latin, ça ne sert à rien.
L’opinion n’est pas nouvelle, on peut lire, déjà, sous la plume de Rémy de Gourmont[3] « Les études latines ont cet intérêt unique de ne pas être des poisons…. C'est en somme un bon moyen de faire passer le temps, de maintenir pendant les années ingrates l'attention fugitive des adolescents : quelques-uns d'entre eux en retireront un grand profit; aucun n'en éprouvera de dommage certain… «
Hélas, les jeunes ne savent plus rire, et prennent Sénèque pour un con.
Le latin, pourtant, n’en finit plus d’agoniser, et de génération en génération, il ne manque jamais de véritables amoureux de l’inutile, pour perpétuer sa pratique sans crainte de forcer le néologisme dans ses derniers retranchements pour faire survivre encore cette langue merveilleuse. Vicipaedia, la version latine de Wikipédia, propose ainsi cinq mille articles en latin sur des sujets divers, de l’histoire antique à l’informatique, en passant par les biotechnologies, preuve que la race des cinglés sympathiques a encore de beaux jours devant elle, comme le latin, et c’est tant mieux.
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