
Calembour : Quel nom citer, autre que celui de Bièvre, pour illustrer le noble art du calembour ?
Véritable enragé, le Marquis de Bièvre écrivit des pièces où un vers sur trois au moins n’était que prétexte à l’exercice. Il va, en popularisant le calembour, diviser ses contemporains, dont beaucoup déplorent l’adoption dans les salons. Bièvre, avant d’émigrer pour fuir la révolution, rédigera en 1777[1], à la demande de D’Alembert, l’article Kalembour pour le supplément de l’Encyclopédie.
De tout temps, le calembour a eu ses adeptes et ses détracteurs.
« Fiente de l’esprit qui vole », dira le Très Sérieux Hugo, pas forcément conscient de se livrer par là à l’exercice non moins répréhensible du contrepet.
Soit, lui répondra Vian, dans son Autodéfense du calembour, « Mais je tombe de haut tandis que vous rampez. ».
Dans les deux camps, on trouve de grands noms, ainsi, Nodier, qu’on ne peut accuser de rigidité intellectuelle, donne comme définition de calembourg[2], « Mot nouveau qu’il faudrait bien se garder d’admettre dans la langue si le mauvais genre d’esprit qu’il désigne pouvait s’anéantir avec lui. Monsieur Boiste[3] le fait dériver de calamajo burlare[4] . Ce que tout le monde ne sait pas, c’est qu’avant cette expression, le même jeu de parole était déjà désigné par une autre, on l’appelait le montmaurisme du nom de Montmaur dit Menage, le seul lexicographe qui en ait fait mention.» Il clôt sa définition en citant Rabelais « on devrait attacher une queue de renard au collet et faire un masque de bouse de vache à ceux qui voudraient encore en user[5] en France après la restitution des bonnes lettres ».
Rabelais, qui précursa dans tant de domaines, aurait-il abhorré celui là ? « Le grand Dieu fit les planètes, et nous faisons les plats nets », n’est-ce point de Rabelais ?
Allons, la partisanerie (que le correcteur me suggère d’orthographier partisane rit) aura aveuglé Nodier au point de lui faire perdre toute conscience de ce second degré qu’il pratiqua pourtant avec tant de brio.
De l’étymologie du calembour, on a beaucoup écrit. Le congrès de Cythère tenu à Paris en 1789 attribue son origine au nom de l’apothicaire Calembourg qui exerçait rue Saint Antoine un siècle plus tôt[6], d’autres sources parlent d’un comte allemand du nom de Kalemburg. Certains spécieux font même dériver le mot de l’arabe « kalem », parler, et « bour », abusif.
Qu’importe, finalement, d’où vient le calembour, puisqu’il vient le plus souvent sans qu’honni pense ! Indéniablement jouissif, le calembour est sans bassesse. Il suffit de n’y être point trop prompt et d’éviter, en somme, le calembour hâtif.
N’est-ce pas, Monsieur Greg ?
[1] Et malgré le mépris dans lequel le tiennent les philosophes qui lui reprochent d’anéantir d’un mot tout le sérieux de leurs propos.
[2] Examen critique des dictionnaires, 1829
[3] Dictionnaire Universel de la langue Française, 1812, (avec le latin, manuel de grammaire, d’orthographe et de néologie), largement massacré par Nodier qui semble vouer à Boiste le même mépris qu’à Ménage.
[4] Littéralement « plaisanter avec la plume »
[5] Du calembour.
[6] Intermédiaire des chercheurs et des curieux, 10/10/1869
Jeux de mots tôt, ou jeux de mots tard, sont souvent jeux de mots laids;
Chercher systématiquement à jouer sur les maux est en somme très con
Quand nos maux nous coupent bien la jambe et nous sapent les mollets.
Adolescent, je n'allais que ruminant des combinaisons nouvelles et drôles;
Un calembour, dans mon école en ce temps, était désigné par le mot "plate";
Je fis si bien que, cela ne s'invente pas, je fus nommé "l'homme aux plates"
Et contraint par ma renommée naissante je dus jouer et rejouer mon rôle !
Maintenant, surtout depuis mon accident, je suis beaucoup moins performant:
Je voudrais bien briller au royaume des calembours, mais j'ai le cerveau lent !