
Calepin : Qu’est-ce donc qu’un calepin ? Dans le cas précis de cet article, un simple prétexte,
la réponse à cette question étant universellement connue ; et nous n’apprendrons rien à personne en livrant, une fois de plus, la parfaite définition du TLF « carnet de poche sur lequel on inscrit des renseignements divers, des notes, des réflexions… en vue d’un usage personnel »
D’où vient le mot était la question immédiatement subséquente. Nous étions loin de nous douter que la réponse à cette bête question allait nous entraîner dans les abîmes de l’histoire des dictionnaires que nous nous proposons de vous conter sans délai, mais en plusieurs épisodes, de peur de lasser le lecteur.
Calepin, à l’instar de poubelle, et de bien d’autres, vient d’un nom propre, celui de l’italien Ambrogio Calepino[1], éminent érudit qui rédigea l’un des premiers et fort conséquents dictionnaires. L’ouvrage, trilingue au départ, proposait dans ses dernières rééditions la traduction de termes latins dans plus de dix langues mises en parallèle.
Outre que sa consultation ne devait guère être aisée, on se doute que son poids devait sembler fort lourd aux épaules des valets des nobles voyageurs de la renaissance[2], ce qui explique peut-être que par quelque ironie dont les mots sont coutumiers, le calepin désigne aujourd’hui un cahier de vingt grammes tout au plus…
Comment sont nés les dictionnaires ? Et quand ?
L’ouvrage de Calepino fait partie des toutes premières tentatives abouties de listage des mots, rendues nécessaires par le goût des voyages qui imprégna le siècle de la renaissance.
Avant lui pourtant, et dès le huitième siècle, on avait entrepris de réunir dans un même ouvrage, à des fins pédagogiques, les gloses dont les maîtres de l’époque avaient coutume d’annoter les textes difficiles pour fournir à leurs élèves des équivalents aux termes ardus en latin courant ou en langue romane. Le glossaire de Reichenau – du nom de l’abbaye où il fut découvert - recensait celles qui annotaient les textes de la bible, préfigurant une nouvelle forme de publication dont l’objet serait l’étude et la définition des mots.
Jusqu’à la publication de l’Edit de Villiers Cotterêts, en 1539, le latin est en France la langue officielle. François 1er va exiger, arguant une fois de plus de son bon plaisir[3], que l’on use désormais du français, condamnant ainsi le latin et les langues d’oc à une lente et progressive[4] disparition, dans les publications littéraires tout d’abord, puis scientifiques.
Sous l’impulsion de
Le premier dictionnaire unilingue, véritablement dédié à la définition des mots, et non plus à leur simple traduction du latin vers le français, sera celui de Jean Nicot,[7] le Thresor de
La qualité du travail et l’étendue des sources de Nicot sont confondantes. Outre les textes bibliques (en latin, grec hébreu et français), il offre des références aussi diverses que Tite Live, Plaute, Cicéron ou Virgile, pour ne citer que les plus connus, mais également d’autres en espagnol, portugais ou italien parmi ses prédécesseurs ou ses contemporains.
L’œuvre de Nicot, bien que largement oubliée aujourd’hui par le grand public, plantera solidement les fondations des dictionnaires modernes, à tel point que les géniaux concepteurs du TLF moderne[9] reprendront à leur compte, cinq siècles plus tard, le titre de son ouvrage.
Les enfants de six ou sept ans confrontés pour la première fois à l’usage du dictionnaire souvent s’esbaudissent d’y trouver « des gros mots », et parfont leur apprentissage en y cherchant, pour le plaisir, les termes dont on leur défend le plus souvent d’user, en commençant en général par « merde ».
Nous nous sommes amusés à rechercher dans le TLF de Nicot l’équivalent d’époque et vous en livrons la définition, qui n’a pas pris une ride.
Bren[10], m. Est merde, qu’on dit fiente, mais le premier est usité pour l’excrément humain, Merda, humanum excrementum, car fiente est général, comme Stercus l’est aussi envers les latins[11].
Le 16ème siècle verra l’explosion de ce nouveau genre littéraire. Entre 1539 et 1599, on publiera en Europe[12] pas moins de cent trente huit dictionnaires, généraux, techniques, de rimes ou de synonymes… préfigurant le mouvement de codification et de régulation de la langue qui marquera le 17ème, et dont nous vous parlerons bientôt, dans l’article « dictionnaire » à la lettre D, et très probablement aussi dans l’article « grammaire et grammairiens » à la lettre G.
Cet article doit beaucoup aux informations disponibles sur le site http://www.dictionnaires.culture.fr/page2.html
[1] 1435-1511
[2] Les roturiers, à l’époque comme aujourd’hui, limitaient leurs vagabondages estivaux aux horizons de Berk Plage.
[3] C’est ainsi qu’il avait coutume de clore ses désiterata « car tel est notre bon plaisir »
[4] Très lente et très progressive.
[5] Auteur de « défense et illustration de la langue française »
[6] C’est une pure forme de rhétorique, évidemment, Molière resterait dans les choux jusqu’en 1622.
[7] Celui là même de l’herbe à Nicot, si décriée de nos jours.
[8] Nicot omet cependant quelquefois de citer ses sources. Dès ce moment se pose la question de la propriété intellectuelle des définitions. Quand il emprunte, notamment à Robert Estienne à l’ouvrage duquel il a contribué, ou à d’autres, un certain nombre de passages, il note alii scribunt, « d’aucuns écrivent ».
[9] Paul Imbs et Bernard Quemada.
[10] La dernière mention du terme remonte, pensons nous, à Jacques Brel, dans « Amsterdam ». A noter que l’on trouve également dans cet ouvrage la définition suivante à l’entrée « Merde » :
Merde, Merda, Excrementa, Aluus, Reliquiae cibi, quas natura respuit/Merde de fer, Scoria ferri.
[11] Mon cher époux, Docteur en tout un tas de savantes sciences, met inconsidérément en doute la clarté de la définition. Je vous invite à protester énergiquement à l’adresse suivante : http://www.rennard.org/
[12] Essentiellement à Paris, mais également à Anvers, Cologne, Gand, Zurich ou Londres.
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