Lundi 15 octobre 2007 1 15 /10 /2007 16:52

Passer : Qu’est-ce que passer ? demandait Sartre[1]. C’est à la fois être en un lieu et n’y être pas, répondait-il tout de go, démontrant par là son peu de goût pour le suspense.

Nous pourrions cependant lui rétorquer[2], comme Cyrano, c’est un peu court, jeune homme, et y’a bien plus à dire d’un verbe transitoire. Evoquons, par exemple, la très populaire expression passer du coq à l’âne, qu’on considère à tort comme une figure de style, ce qui pousse nos chiards à l’orthographier le plus souvent sous la forme de passer du coca l’âne, en demandant ça veut dire quoi.

Dans sa fonction première, et la seule cohérente, cette locution n’a d’autre vocation que de qualifier un récit relatif tout ensemble aux gallinacés rupicoles de long temps acclimatés dans nos fermes, et à la gent asine, comme nous l’allons illustrer tout de suite.

 

Des mœurs communes aux coqs et aux ânes.

 

Tout un chacun connaît l’intensité sonore à laquelle peuvent atteindre ces espèces pourtant fort divergentes de conformation. Domestiquées toutes deux par l’homme dans le but avéré d’accroître son confort, celui-ci se trouva fort marri de constater qu’elles nuisaient chroniquement à la quiétude de ses heures de repos, et s’employa très tôt à trouver des moyens d’imposer, de la basse-cour à l’étable, un silence de bon aloi entre vingt heures et huit heures du matin.

C’est ainsi qu’en Afrique, en 1845, les soldats de la cohorte du général Cavaignac, « attachaient à l’une des pattes du coq une ficelle lâche qui lui permettait de parcourir l’espace restreint de la tente et passait au dessus de la traverse supérieure pour venir reposer à côté de la main du dormeur. Dès que le pauvre animal commençait son cri guttural, le dormeur tirait brusquement sur la ficelle, et le coq se retrouvait subitement pendu par la patte. On le remettait à terre, et on recommençait. Après trois ou quatre envolées, le coq ne chantait plus. On le voyait quelquefois, alors même qu’il était débarrassé de la terrible ficelle, redresser la tête, gonfler son gosier, pousser une première syllabe, co et s’arrêter subitement à l’idée de la catastrophe qu’il redoutait ».

Passons maintenant de l’Afrique à l’Asie, et du moyen de faire taire un coq à celui de faire taire un âne.

Le Père Huc[3] raconte, dans Souvenirs d’un Voyage dans la Tartarie et le Thibet, comment on empêchait en Chine les ânes de braire la nuit. Chacun sait bien que l’âne, pour braire, commence par lever sa queue, et la tient horizontalement tout le temps que dure sa chanson. Il ne suffisait donc, lui expliquait un catéchiste chinois, pour condamner un âne au silence, que de lui attacher une pierre à la queue pour l’empêcher de la lever.

Je propose que, dans le souci de lier les apprentissages, nous laissions à nos enfants le soin de s’assurer in vivo, pendant leurs vacances à la ferme, de l’efficacité des ancestrales méthodes que ces anecdotes, qui passent pour authentiques, donnent pour souveraines. Cela leur permettra, au moins, de conférer quelque palpable substance au verbe passer, leurs vacances au cul des vaches, par exemple, ce qui démontre bien que Sartre avait la vue courte, et qu’un lieu soit qu’on y est, soit qu’on y est pas, qu’est-ce que c’est ces philosophies à la con ?

 



[1] Etre et Néant.

[2] Rétorquer ?  A Sartre ?

[3] Je jure que j’y suis pour rien. Vous pouvez vérifier, c’est le premier Français à être passé par Lhassa.

Par Marie Rennard - Publié dans : Les P
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Commentaires

Je croyais que c'était l'abbé Tonnière? Ce genre d'anecdote me rappelle une blague que faisait tout le temps ma grand-mère aux petits qui voulaient attraper des oiseaux: elle leur conseillait de leur mettre du sel sur la queue. Le sel les paralysaient qu'elle disait.
Commentaire n°1 posté par Chris le 17/10/2007 à 20h26
ben, chus au courant, j'ai passé des plombes dans le jardin de la mienne avec sa réserve de gros sel. jusqu'au jour où j'ai enfin eu la queue de l'oiseau avec le sel, et qu'il s'est barré quand même. j'ai plus jamais cru les conneries de la mémé.
Réponse de Marie Rennard le 18/10/2007 à 08h17
Ben moi g jamais eu 'oiseau et j'y ai cru suuuper longtemps pasken plus y'avait ça sur les paquets de sel Cérébos, un mouflet salant la queue d'un piaf !
Commentaire n°2 posté par Marie-Laetitia le 20/10/2007 à 14h05
mais il y est toujours, le blondinet avec une écharpe rouge. et le mythe continue à faire des ravages !
Réponse de Marie Rennard le 20/10/2007 à 14h27

La formule de Sartre, c'était juste pour nous faire braire... C'est sans doute plus crédible d'être abs-cons que clair, pour être philosophe.


Les mamies avaient réponse à tout mais pas toujours les solutions;)

Commentaire n°3 posté par amel le 22/10/2007 à 02h13
j'admets que pour ce qui est de braire de l'abscons, sartre n'a pas d'équivalent. si ses défauts étaient tous là, j'y mettrais sans doute plus d'indulgence, mais dans le genre puant prétentieux, on ne trouve pas mieux non plus. quand je pense que la femme de vian, qu'était pourtant pas complètement conne, l'a plaqué pour un imbécile de cet acabit, ça me navre.
Réponse de Marie Rennard le 22/10/2007 à 08h01
Ah bon??? [mode "Voici/France dimanche/ici Paris On] 

Tu sais Marie des fois il y a des femmes plus attirées par le clinquant que la chiante sincérité. J'ai pourtant lu je ne sais plus où que Sartre était fort dans le genre "sale con".
Commentaire n°4 posté par Chris le 22/10/2007 à 08h21
"sale con" c'est dans ses textes que tu le lis. ça transpire d'ego glaireux. si y'en a un que je conchie, parmi tous les philosophes déclarés, c'est celui là. d'ailleurs ils perdent rien pour attendre. je me les garde sous le coude. feraient mieux de se sortir la tête du cul pour penser.
ps : je suis de très méchante humeur depuis trois jours, alors vous étonnez pas que je sois hargneuse. je vous promets que c'est pas gratuit.
Réponse de Marie Rennard le 22/10/2007 à 08h31

Dites...

Vous êtes pas censé bosser à s'teure ?


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