Dimanche 4 novembre 2007 7 04 /11 /2007 08:47

 

Grimoire, glamour : C’est en altérant grammaire par un dérivé de grimace, allusion aux convulsions faciales de quiconque s’essaie au thème grec qu’on a donné naissance au terme de grimoire. Par grimoire, on désigne tout ouvrage ancien dont les mystères ne sont déchiffrables qu’en alliant érudition et pratiques occultes[1].

Glamour, lui, vient de l’altération écossaise du terme anglais grammar, avec à l’origine le sens de « sort », « enchantement ». Depuis les années trente, l’adjectif glamour qualifie, pour les anglois comme pour les francophones, une créature sexy, pulpeuse et mystérieuse, ce qui est bien la preuve que la grammaire est la plus séduisante des femmes. Il n’y a guère qu’avec la syntaxe qu’on aime à la tromper quelquefois, mais jamais sans songer à elle et lui en demander pardon.

On ne publie, de nos jours, plus guère de grimoires, et il est difficile de s’en procurer d’authentiques. Bien sûr, les couvertures factices abondent, tâchant par de dérisoires manœuvres de merchandising de séduire le lecteur avide de mystères qui prendraient leurs racines à la source des langues, des textes d’où la magie ne serait pas absente, et où l’on sentirait les mots d’avant Babel, quitte à suer un peu pour définir le sens. Hé bien ces textes existent, et se peuvent trouver. Non chez les antiquaires, mais dans l’espace magique de notre temps, où un enchanteur de mots œuvre inlassablement, essaimant ses poèmes, grimoires d’avenir. J’ai nommé Guido Monte, trop méconnu encore, mais que l’histoire sans doute reconnaîtra pour l’un des siens.  Je ne développerai pas ici ses théories sur l’harmonie des sens[2], je vous laisse y goûter, en vous livrant l’un de ses textes, et vous engage à le faire connaître mieux, si comme moi  vous succombez à la pureté de son verbe.

 

Genesis

Guido Monte

 

in principio diviserunt Elohim

coelum et terram

and the land was left barren

et les ombres noires enveloppaient les profondeurs


bade korgolòdei dar ruie
oghionusoh parmisad
(et aura divina
super oceani undas)


The author thanks Liliana Lo Giudice, Rosa Maria Costa, and Sepidè Akhavanabiri.



[1] Qui songera vous faire accroire qu’on peut réussir un thème grec, ou latin, sans recourir à la magie, devra être taxé de mensonge et pendu haut et court.

[2] Voir article complet dans le lien intitulé « maranzakiniana ».

Par Marie Rennard - Publié dans : Les G
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