Dimanche 4 novembre 2007 7 04 11 2007 08:51

En hommage à Martin Veyron.

Hermite (Bernard l’) : L’essentiel des mœurs de ce pagure qui abonde sur nos côtes nous est connu. Ce décapode[1] est le coucou des mers. Squatteur de coquilles spiralées au sein desquelles il abrite  l’abdomen mou qui lui a valu d’être classé dans la famille des coenobitidés, comme les moines éponymes[2], il change d’abri au gré de sa croissance, n’hésitant pas à déloger « dextro pinçu militari[3] »  les occupants légitimes des coquilles qu’il convoite.

Quiconque s’est promené à marée basse sur les rochers bretons s’est un jour posé la question de savoir si un Bernard l’Hermite logeait dans un coquillage fraîchement ramassé.

Il existe plusieurs moyens hautement rationnels de s’en assurer.

On peut, tout d’abord, et très primairement, briser le coquillage à l’aide d’un galet. On aura soin de ne point le broyer, afin de ne pas compliquer l’autopsie. Une observation sommaire du magma subsistant permettra de déterminer la présence d’un invertébré dans la coquille, mais son identification pourra cependant s’avérer délicate.

Un second moyen consiste à plonger le coquillage dans de l’eau suffisamment chaude pour convaincre l’animal d’en sortir. Outre le fait que la réalisation de l’expérience en bord de mer et par grand vent comporte de dissuasives contraintes, et bien que le problème de l’identification soit dans ce cas résolu, ce moyen, comme le premier suggéré, comporte l’inconvénient de ne jamais pouvoir être pratiqué deux fois sur le même sujet.

Un troisième moyen, que nous vous recommandons à la fois pour son efficacité et son absence totale de nocivité pour les deux parties concernées par l’expérimentation, soit rappelons le l’observateur et le Bernard l’Hermite, consiste simplement à héler vivement le présupposé locataire d’un cordial « Y’a quelqu’un ? » bien dans l’axe d’ouverture de la porte d’entrée[4].

On pourra alors constater que le Bernard l’Hermite est mal nommé, et qu’il répond toujours aux sollicitations d’éventuels passants en se présentant en personne à son huis, sans jamais rechigner, et aussi souvent qu’il plaira aux plus farceurs esprits.



[1] Voir Etymologie

[2] Non, c’est une blague, et j’attends les hypothèses de lecteurs hellénistes ou biologistes sur une éventuelle similitude étymologique.

[3] Il n’existe pas de pagure gaucher. La nature fait donc parfois preuve de constance.

[4] Certains doutent, je le sens. Qu’ils essaient donc eux-mêmes.

Par Marie Rennard - Publié dans : Les H
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