le blog providencehttp://providence.over-blog.org/2007-02-25T09:10:20Zover-blog.com Atom 1.0 Generatorhttp://fdata.over-blog.com/99/00/00/01/img/avatar.pnghttp://providence.over-blog.org/article-25168000.htmlGrammairiens, étymologistes et lexicographes2008-11-26T13:51:52Z2008-11-26T13:45:00ZMarie Rennardhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-1031508.html
Grammairiens, étymologistes et lexicographes : On n’est rarement l’un sans toucher peu ou prou aux deux autres. Le grammairien, nous dit le TLF(1), est « celui qui, versé dans la
connaissance d’une langue, contribue par ses avis à épurer celle-ci, à fixer les règles du bon usage ».
Epurer. Quel vilain mot que celui-ci quand on veut l’appliquer au langage. Il implique le tri, la sélection, la noblesse des uns et la roture des autres, l’abandon des plus vieux, le refus des
trop jeunes, oblige à l’inconfort. Pour autant, nous ne saurions nous passer de règles en matière de grammaire. « Le participe passé est le sujet de méditation du grammairien ».
J’ignore où j’ai pu lire cette citation, et qui en est l’auteur, mais elle résume bien l’état d’esprit des grammairiens qui partagent avec les philosophes certaines pratiques grecques dont les
mouches font les frais(2).
Le plus célèbre des grammairiens français reste sans conteste Vaugelas, dont Sainte Beuve écrivit, dans les Nouveaux Lundis, qu’il fut « le greffier de l’usage ». La définition lui va
bien. Membre de l’Académie Française dès sa création, membre de l’Académie Florimontane, maître traducteur, auteur des Remarques sur la langue Française, le cuistre prétendit lui-même
« avoir donné des maximes à ne changer jamais ».
Citons le encore, pour faire bien sentir la psychologie du personnage « ne comptez pas sur la pénétration de vos lecteurs ; souvenez vous que vous n’écrivez pas pour une académie de
beaux esprits, mais pour le public. Mettez vous à la portée des ignorants. Faites surtout en sorte que les femmes vous entendent sans difficulté, car elles sont les meilleurs juges de la clarté
des mots et des phrases ». La déclaration est ambiguë, pour le moins.
Vaugelas est un nostalgique. « J’ai toujours regretté les termes et les mots retranchés de notre langue, que l’on appauvrit d’autant… j’ai une certaine tendresse pour tous ces braves mots
que je vois ainsi mourir, opprimés par l’usage qui ne nous en donne point d’autres à leur place, ayant la même signification et la même force ».
Que Vaugelas déplore l’abandon de mots anciens, on le comprend, on l’approuve même. Là où il devient impossible de lui garder quelque considération, c’est quand il interdit qu’on use de mots
nouveaux. Monsieur Vaugelas s’oppose au néologisme, il répète là-dessus le mot de Pomponius Marcellus qui disait à Tibère que « L’empereur peut bien donner le droit de bourgeoisie romaine
aux hommes, mais non pas aux mots ».
Qu’est-ce qu’une académie qui œuvre sous la férule d’un homme qui s’oppose au néologisme, qui prétend interdire aussi toutes les saveurs de l’archaïsme, qui ne peut se rendre compte, après trente
cinq années passées à observer le langage, qu’avec ou sans lui, la langue évolue.
Allons, qu’on laisse la langue à des Vaugelas, elle acquerrait, en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, toute la saveur d’un suppositoire. Il ne manque pas, hélas, de gens pour approuver
sa démarche. Combien notre pays compte-t-il de rues Vaugelas, de collèges Vaugelas ? Innombrables.
Faites le test. Tapez en moteur de recherche « collège Vaugelas », vous en trouverez des dizaines. Livrez vous maintenant à un second test, et tapez « collège Gilles Ménage ».
Rien, désespérément rien.
Gilles Ménage, pourtant, surpasse, et de loin, tous les autres grammairiens et lexicographes français.
Gilles Ménage est contemporain de Vaugelas, de Molière, et au moins aussi prolifique qu’eux en matière de publications et de recherches(3). Et n’a rien du bouffon sous les traits duquel l’a
dépeint Molière dans les Femmes Savantes. Ménage n’est pas Vadius.
Ses étymologies(4) ont certes beaucoup fait rire ses contemporains(5). Ses principes d’analyse, beaucoup trop généraux (addition, retranchement de syllabe, métathèse et analogie) sont sans doute
critiquables. Ils lui ont cependant permis de trouver des solutions étymologiques dont 70 % sont admises pour justes à l’heure actuelle(6).
C’est que Gilles Ménage est un intuitif, un jouisseur aussi, loin des académies (même s’il fut membre de l’Académie Florimontane). Provocateur dès son plus jeune âge, il s’est farouchement
affirmé comme un adversaire linguistique des principaux choix de l’Académie. Celle qui compte. Il ne perd pas une occasion de se moquer de ses membres, avec une verve qui lui vaudra beaucoup
d’ennemis. Les querelles de grammairiens ne font pas de morts, mais blessent sérieusement dans leur vanité ceux qui en font les frais. Quand Ménage publie la fameuse Requête des Dictionnaires,
dédiée « A nosseigneurs Académiques, Nosseigneurs les Hypercritiques, souverains arbitres des mots, doctes faiseurs d’avant propos », connue aussi sous le nom de Parnasse Alarmé, il n’a
que vingt deux ans. Selon certains témoignages, Ménage, prudent, n’a pas signé cette pièce. Pourtant, le manuscrit conservé à la bibliothèque nationale, quoi que non daté, mentionne bien son nom.
Il s’y moque, avec brio, des lenteurs des académiciens, de leurs constants ratiocinages. Ménage, à cette époque, est bien trop jeune pour pouvoir prétendre à un siège à l’Académie. Il se refusera
d’ailleurs toujours à y solliciter une place, que pourtant les académiciens eux-mêmes finiront par lui proposer. Le pouvoir politique lui préfèrera Jean Louis Bergeret, aujourd’hui tombé dans
l’oubli, Ménage n’y sera jamais admis, et en tirera une fierté qu’il ne démentira jamais. Chateaubriand, bien plus tard, dira qu’il l’a tant brocardée « qu’on aurait dû le forcer d’en
être ».
Bref, Ménage se moque, tient le mercredi un salon qu’il nommera « les mercuriales », sans doute en référence, aussi, aux volées de bois vert qu’il y distribue à ses ennemis, Vaugelas le
premier. Il y reçoit notamment Madame de Lafayette, omniprésente dans ses poèmes, et qui sous son égide rédigera La Princesse de Clèves. Son goût du bon mot, sa nature impulsive, la joie qu’il
éprouve à brocarder l’institutionnalisme de certains de ses contemporains vont lui valoir l’animosité de ceux qui se placent du côté des sérieux ostensibles(7), et sa réputation en souffrira
longtemps. Ses ennemis le disent à l’origine du calembour, stigmatisent son pédantisme, sa propension à resservir dans les divers salons qu’il fréquente les mêmes bons mots et les mêmes
citations, le présentent comme un singe savant plus doué de mémoire que de neurones….
Qu’importe, un bilan, même sommaire, de ses contributions à la langue française, le place largement en tête, en tant que lexicographe, non seulement de ses contemporains, mais de toute l’époque
moderne. Ses admirateurs, plus convaincus de ses talents que les thuriféraires d’un Vaugelas, laisseront à la postérité un inestimable « Ménagiana », hélas aujourd’hui introuvable.
(1)Je me lasse de le répéter, Trésor de la Langue Française, pas celui de Nicot, celui de Humbert et Quemada, en accès libre sur le web, irremplaçable.
(2)A propos de la vie sexuelle des mouches (on tombe dans le hors sujet, mais je me refuse à passer l’anecdote sous silence). Les scientifiques qui ont étudié la question prétendent
que les mâles affichent une nette préférence pour les femelles vierges. Je les crois sur parole. Une question me taraude cependant ; comment les scientifiques reconnaissent-ils une
mouche pucelle d’une autre ?
(3)Dictionnaire étymologique du Français, Les Origines de la Langue Française, Histoire des Femmes Philosophes, ainsi que de nombreux ouvrages restés à l’état de manuscrit, sur
l’histoire de la langue grecque, un dictionnaire botanique, etc…
(4) Dictionnaire étymologique du Français.
(5) Et bien d’autres, pendant fort longtemps. Nodier, dans son Examen Critique des Dictionnaires, ne perd pas une occasion de se gausser.
(6) Voir les travaux d’Isabelle Leroy-Turcan. http://www.chass.toronto.edu/~wulfric/siehlda/actesmen/index.html
(7) Dits aussi « Foutriquets sentencieux ».
http://providence.over-blog.org/article-19658065.htmlHoquet2008-05-19T08:04:39Z2008-05-18T08:36:00ZMarie Rennardhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-1031508.html
Hoquet : Le vocable désigne une contraction intempestive du diaphragme et de la glotte, et trouve son origine au Canada. Les premiers émigrants francophones, pas encore en
délicatesse avec l’Anglois dans ce coin perdu du monde, organisèrent au cours d’un des premiers rigoureux hivers qu’ils passèrent sur les rives gelées du Saint Laurent, une partie d’un jeu appris
des peuplades autochtones opposant les ressortissants des deux nations. Il s’agissait de tenter d’envoyer dans les buts adverses, grâce à une crosse en bois, un gros galet rond tout en patinant
sur des tibias d’animaux à la surface gelée de la rivière. Las, un ressortissant français, après avoir reçu le galet dans le sternum, fut pris d’une série de ces contractions doubles qui
l’empêcha durant quelques minutes de poursuivre l’exercice. Les Anglais, inquiets, et craignant que l'incident ne déclenchât les hostilités que l'on sait, mais qui advinrent sous un prétexte
encore plus fallacieux[1], firent cercle autour du
malheureux en lui demandant avec insistance Is it OK ? Leur victime pantelante ayant fini par opiner, le vocable hoquet en vint rapidement à désigner en français cette affection bénigne,
et en anglais, sous l’orthographe légèrement différente de hockey, le jeu lui-même.
[1] Ouais, tout ça va en fait démarrer à Pittsburgh,
parce qu’un obscur planteur du nom de George Washington fait élever un fort modestement nommé Fort Prince George, (ah, ça plante à la lecture hein ?) dont des Français désoeuvrés vont le déloger.
De fil en aiguille, ça dégénère, on embauche les indiens de part et d’autre, les gouvernements respectifs envoient des renforts, surtout les Anglais, qui finissent par prendre Québec, et, sur
l’élan, la Guadeloupe.
On est partis pour une guerre mondiale qui dit pas son nom. Le conflit va gagner l’Inde et le Pacifique, les Espagnols vont se battre au côté des Français, et Frédéric de Prusse se dit qu’il
serait trop con de pas profiter du merdier ambiant pour essayer de piquer l’Autriche aux Autrichiens. Enfin bon, ça dure sept bonnes années, jusqu’à la signature du traité de Paris. Les Anglais
se taillent la part du lion, avec tous les territoires américains à l’est du Mississipi, et, au choix, le Canada ou la Guadeloupe.
Les Français choisissent de garder la Guadeloupe, et ça se comprend, vu comment ça caille au Canada l’hiver. Et viendez encore me dire que je fais des notes de bas de page pour rien, tiens.
http://providence.over-blog.org/article-19148854.htmlmuleta2008-05-14T21:11:34Z2008-04-29T14:53:00ZMarie Rennardhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-1031508.html
Muleta : La muleta, c’est cette sorte de cape montée sur un bâton dont use le matador durant la faena, dernière phase du combat avant l’estocade qui verra le toro succomber en
meuglant comme une vulgaire vache devant un toreador virevoltant d’élégance pailletée. Précisons à l’usage des débutants en espagnol qu’il ne faut pas confondre la muleta, qui signifie au choix
canne anglaise ou leurre fait d’un drap de serge rouge monté sur un bâton
[1]
, avec l’amuleto, qui signifie amulette, autre accessoire essentiel, avec le signe de croix, d’une corrida espagnole.
Au seizième siècle, les espagnols, on s’en souvient, colonisèrent l’Amérique Latine et y importèrent celles de leurs coutumes qui faisaient à l’époque la grandeur de leur nation. La Corrida et
l’Inquisition. Quelques centaines d’années plus tard, ces peuples libérés des ibères poursuivirent la pratique de ce sport – je cause de la corrida, la pratique de l’inquisition étant presque
partout tombée en désuétude, en y apportant quelques modifications de leur cru, et il faut bien le dire, nées du ressentiment qui caractérise l’opprimé.
On garda le toro, symbole de l’Espagne honnie, et on le mit en concurrence avec le symbole autochtone du condor. On attache sur le dos du toro un condor, et on les laisse s’arranger entre eux en
confiant à de jeunes gens le rôle des picadors, sans grand risque que le toro, relativement occupé par l’oiseau
[2] pas
content, s’en prenne à leurs fesses. On s’en doute, à ce jeu là le toro n’a pas plus de chances qu’à l’autre. Mais quand d’aventure c’est le condor qui meurt, les paysans craignent un grand
malheur. C’est que les peuples d’Amérique Latine, qui n’ont pas la maturité cartésienne des enfants des lumières, sont attachés à leurs présages. En revanche, quand en Espagne un torero succombe
dans l’arène, il passe à la postérité grâce au pinceau de très grand peintres, comme Manet ou Picasso.
[1] Qu’y dit wikipédia.
[2] Qu’on appelle en espagnol pàjaro qu’est un cauchemar de prononciation.
http://providence.over-blog.org/article-19071563.htmlEmetique2008-05-14T21:17:04Z2008-04-26T16:58:00ZMarie Rennardhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-1031508.html
Émétique :On commença à faire usage de
cette substance vers le milieu du XVIIème siècle. Monsieur Thénard[1] place sa découverte en l’année 1631, et
cite Adrien Mynsecht [2] comme le premier qui l’ait fait connaître. En 1658, un médecin d’Abbeville,
nommé Du Sausoi [3] s’en servit pour guérir Louis XIV de la fièvre. Comme l’antimoine, l’émétique
eut de grands partisans, et de plus grands détracteurs. Condamné plusieurs fois par les parlements et la faculté de médecine, il n’en est pas moins resté l’un des plus puissants remèdes que la
nature ait donnés à l’homme [4] .
Oui da, mais qu’est-ce donc quand même exactement ? Rien d’autre qu’un bête vomitif.
Dans la pharmacopée actuelle, on utilise essentiellement pour leurs effets émétiques l’alun de potassium, dont la toxicité est si faible qu’on en use souvent pour préparer des
pâtes à modeler maison[5], et l’apomorphine chlorhydrate, qu’on administre également en traitement de la
maladie de Parkinson.
Cependant, l’émétique mentionné par l’Encyclopédie des Deux Mondes était un mélange bien moins inoffensif que l’alun de potassium, fait d’antimoine et de tartrate de potasse.
Or l’antimoine[6], qu’on classe désormais dans la famille des pnictogènes avec, entre autres,
l’arsenic ou le phosphore, peut s’avérer, selon le dosage, hautement toxique. Qu’on ait usé d’ailleurs d’un vomitif pour guérir des fièvres pourrait surprendre nos
contemporains, mais rappelons que la médecine n’avait pas vocation, au XVIIème siècle, à guérir les malades, mais plus simplement à les purger de leurs humeurs, souvent avec le succès que retrace
pour nous Molière dans ce dialogue entre Dom Juan et Sganarelle :
-
Il y avoit un homme qui, depuis six jours, étoit à l’agonie. On ne savoit plus que lui ordonner, et tous les remèdes ne faisoient rien ; on s’avisa à la fin de lui donner de
l’émétique.
-
Il réchappa, n’est-ce pas ?
-
Non, il mourut.
-
L’effet est admirable.
-
Comment ? il y avoit six jours entiers qu’il ne pouvoit mourir, et cela le fit mourir tout d’un coup. Voulez-vous rien de plus efficace ?
-
Profitons de l’occasion pour rappeler aux mères de familles qu’il ne faut jamais, en aucun cas, administrer un émétique à un enfant ayant ingéré du Destop, de l’acide sulfurique ou une simple
rasade de détergent d’apparence anodine, mais bien plutôt contacter immédiatement le SAMU qui devrait vous envoyer des secours en urgence, avant ou après vous avoir passé un savon circonstancié
pour avoir laissé traîné des saloperies sur les étagères du bas.
Illustration : Basile Valentin.
[1] Chimiste, découvreur de l’eau oxygénée et du bleu de cobalt, et inspirateur, à
cause de son opposition à la réduction du temps de travail des enfants, du nom des Thénardiers des Misérables de Hugo.
[2] C’est une erreur, il s’agit de Mynsicht, auteur de l’histoire de la médecine
depuis son origine jusqu’au XIXème siècle. 1815.
[3] Mademoiselle de Montpensier, dans ses mémoires, évoque un écuyer de ce nom, mais
nous n’avons pas retrouvé d’informations relatives au Du Sausoi dont il est question ici.
[4] Encyclopédie Générale des Deux Mondes, 1874.
[5] Alors, deux bols de farine, un bol de sel, un bol d’eau, deux cuillerées à soupe
d’alun de potassium, une dose de colorant alimentaire, une cuillère à café d’huile. Vous faites bouillir la flotte avec l’huile et le colorant alimentaire et vous versez sur le reste touillé
dans un saladier. A conserver dans un tupperouére.
[6] L’origine du mot antimoine viendrait dit-on, d’une circonstance assez
singulière. Basile Valentin qui, le premier, sut extraire le métal pur de son sulfure et le proclama, sous le nom de Lion oriental, comme un remède à tous maux, ayant vu des porcs
acquérir un embonpoint extraordinaire pour avoir mangé le résidu d’une de ses opérations sur l'antimoine, crut que ce métal pourrait rétablir la santé des moines de son monastère, exténués
par les jeûnes et les mortifications. L’administration de ce nouveau remède fut fatale à ces bons religieux, qui périrent en grand nombre. Chimie élémentaire appliquée aux arts industriels,
Girardin, 1873.
http://providence.over-blog.org/article-7159895.htmlAborigène2008-02-06T05:25:53Z2008-03-31T00:00:00ZMarie Rennardhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-1031508.html
Aborigène : Signifie tout simplement « qui est originaire du pays où il vit ». Ce terme est trop souvent dénaturé en
« arborigène », barbarisme colonialiste et le plus souvent involontaire désignant apparemment les aborigènes arboricoles. Les célèbres aborigènes d’Australie seraient, selon de savantes
hypothèses, originaires de Nouvelle Guinée[1]. L’incontestable proximité géographique et l’indéniable air de famille portent à
croire l’hypothèse fondée. On pourrait, en théorie devoir la vérifier en recherchant dans les dialectes des uns et des autres des termes communs, tels kangourou et koala, qui nous sont familiers.
Mais en théorie seulement.
Il se trouve que la Papouasie-Nouvelle-Guinée est le pays le plus multilingue du monde, dans lequel on a recensé 860 langues pour une population de 4,5 millions
d’habitants, ce qui, on s’en doute, dissuade tout individu normalement constitué d’entreprendre une analyse lexicale comparative pour prouver quoi finalement, hein ?
[1] Ben oui, des aborigènes venus d’ailleurs.
http://providence.over-blog.org/article-7159899.htmlAbscons2008-02-06T05:25:54Z2008-03-30T18:32:00ZMarie Rennardhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-1031508.html
Abscons : Désigne à l’origine toute abstraction peu accessible, obscure et difficile à expliquer.
Dans une acception plus péjorative, il qualifie le langage des raisonneurs pédants plus soucieux de paraître au fait que de s’y hisser[1].
On peut aisément répondre à l’abscons par l’abstrus, c’est bonnet blanc et blanc bonnet.
Certains lecteurs pourront être intéressés (n’en doutons pas) par le fait que si abstrus figure aux pages du Littré, abscons en est exclu !
[1] Au faîte.
http://providence.over-blog.org/article-7159904.htmlAcacia2008-05-14T21:21:19Z2008-03-30T18:18:00ZMarie Rennardhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-1031508.html
Acacia : ne prend définitivement qu’un c. S’il trouve sa place dans ces pages, ce n’est pas pour ses qualités poétiques – il est déraisonnablement épineux- mais plutôt parce qu’il
présente l’une de ces singularités de la nature qui le rendent éminemment remarquable. L’acacia, dont sont friandes les girafes qui poussent sous les mêmes latitudes, se protège de leur
gourmandise en produisant un poison suffisamment nocif pour dissuader ces élégants animaux de dévorer des bosquets entiers. Le premier arbuste attaqué sécrète la toxine dès lors qu’il se sent las
de servir de souper et pousse l’obligeance jusqu’à prévenir ses congénères adjacents de l’imminence du danger
[1]. Ne me
demandez pas comment, je l’ignore. Les missionnaires d’Afrique devaient l’ignorer également
[2] sinon
ils ne se seraient sans doute pas éteints dans les marmites des aborigènes locaux.
A titre tout à fait anecdotique, on notera que certains grammairiens, tels Monsieur Ménage [3]
, furent en leur temps d’avis que ce mot n’accepte pas d’s au pluriel.
L’Académie, dans sa grande sagesse, en décida autrement, et punit Monsieur Ménage de ses audaces en lui refusant en son sein une place qu’il
n’avait d’ailleurs pas sollicitée.
[1] C’est de notoriété publique.
[2] C’est une hypothèse.
[3] Gilles
Ménage (1613-1692) auteur du Dictionnaire étymologique du français, paru en 1694.
http://providence.over-blog.org/article-7161089.htmlAchalander2008-02-06T05:25:54Z2008-03-29T08:52:00ZMarie Rennardhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-1031508.html
Achalander : Signifie définitivement, catégoriquement et sans discussion possible, bien fourni en chalands, c'est-à-dire en clients, et en
aucun cas, jamais, en marchandise. On distingue le chaland de la « pratique », détestablement ouvrière, à son embonpoint de bon aloi et au port d’un couvre chef de feutre du bon faiseur
qui affichent son immédiate et rassurante solvabilité.
http://providence.over-blog.org/article-7161097.htmlAcolyte2008-02-06T05:25:54Z2008-03-29T08:50:00ZMarie Rennardhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-1031508.html
Acolyte : avant de s’enliser dans le sens de comparse auquel nous le confinons aujourd’hui, l’acolyte était l’enfant de chœur personnel d’un
évêque. On l’adjoignait fréquemment au personnel liturgique lors des grandes messes, flanqué d’un thuriféraire
[1] pour
faire bonne mesure.
Il est à noter que le terme « enfant de chœur » à lui aussi subi une subtile dépréciation au cours de ce siècle du fait de son utilisation presque
exclusive dans des constructions négatives. On dit en effet plus souvent d’un jeune homme, à notre époque, qu’ « il n’est pas un enfant de chœur » plutôt que le contraire.
Bien qu’il soit parfaitement légitime d’écrire que votre fils s’est acoquiné à un douteux acolyte (acoquiner acceptant d’ailleurs –à l’inverse d’acacia- de
s’orthographier accoquiner), il ne faut pas attribuer par mégarde la même étymologie aux deux mots. Accoquiner vient indubitablement de coquin, et n’est donc apparenté à
acolyte que par l’absence de sens moral.
[1] Le thuriféraire est le clerc chargé de l’encensoir, ce qui explique que le terme
soit devenu synonyme de flagorneur.
http://providence.over-blog.org/article-7159983.htmlAcclimater2008-02-21T18:35:03Z2008-03-28T18:35:00ZMarie Rennardhttp://www.over-blog.com/profil/blogueur-1031508.html
Acclimater : En voilà un qui prend deux c. Outre que cette constatation constitue à elle seule une raison suffisante pour justifier sa
présence, il faut encore noter que le processus d’autodéfense des acacias mentionné ci-dessus n’est autre qu’une forme d’acclimatation à l’environnement.
Foutaises me direz vous, hé bien oui, ce verbe n’est ici que prétexte à disserter, diserter même, sur l’opportunité du néologisme.
Bien des mots furent, en leur jeune âge, dénoncés comme néologismes. Reste que les néologismes d’hier sont souvent les classiques des puristes d’aujourd’hui.
Acclimater en est un incontestable exemple. Créé par Monsieur l’Abbé Raynal (jésuite du 18ème siècle, auteur de nombreux essais et d’une « histoire des deux Indes »), cité
pour la première fois au dictionnaire de l’Académie en 1798, il est l’illustration parfaite du néologisme dicté par la nécessité scientifique, d’autres vocables, comme emparouiller ou
moindritude, toujours absents des dictionnaires, répondant, eux, à une nécessité poétique ou littéraire.
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Emparouiller : « Le grand combat » Henri Michaux
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Moindritude : traduction du « lessness » de Samuel Beckett