Lundi 31 mars 2008

Aborigène : Signifie tout simplement « qui est originaire du pays où il vit ». Ce terme est trop souvent dénaturé en « arborigène », barbarisme colonialiste et le plus souvent involontaire désignant apparemment les aborigènes arboricoles. Les célèbres aborigènes d’Australie seraient, selon de savantes hypothèses, originaires de Nouvelle Guinée[1]. L’incontestable proximité géographique et l’indéniable air de famille portent à croire l’hypothèse fondée. On pourrait, en théorie devoir la vérifier en recherchant dans les dialectes des uns et des autres des termes communs, tels kangourou et koala, qui nous sont familiers. Mais en théorie seulement.

Il se trouve que la Papouasie-Nouvelle-Guinée est le pays le plus multilingue du monde, dans lequel on a recensé 860 langues pour une population de 4,5 millions d’habitants, ce qui, on s’en doute, dissuade tout individu normalement constitué d’entreprendre une analyse lexicale comparative pour prouver quoi finalement, hein ?



[1] Ben oui, des aborigènes venus d’ailleurs.

par Marie Rennard publié dans : Les A
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Dimanche 30 mars 2008

Abscons : Désigne à l’origine toute abstraction peu accessible, obscure et difficile à expliquer.

Dans une acception plus péjorative, il qualifie le langage des raisonneurs pédants plus soucieux de paraître au fait que de s’y hisser[1].

On peut aisément répondre à l’abscons par l’abstrus, c’est bonnet blanc et blanc bonnet.

Certains lecteurs pourront être intéressés (n’en doutons pas) par le fait que si abstrus figure aux pages du Littré, abscons en est exclu !



[1] Au faîte.

par Marie Rennard publié dans : Les A
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Dimanche 30 mars 2008

Acacia : ne prend définitivement qu’un c. S’il trouve sa place dans ces pages, ce n’est pas pour ses qualités poétiques – il est déraisonnablement épineux- mais plutôt parce qu’il présente l’une de ces singularités de la nature qui le rendent éminemment remarquable. L’acacia, dont sont friandes les girafes qui poussent sous les mêmes latitudes, se protège de leur gourmandise en produisant un poison suffisamment nocif pour dissuader ces élégants animaux de dévorer des bosquets entiers. Le premier arbuste attaqué sécrète la toxine dès lors qu’il se sent las de servir de souper et pousse l’obligeance jusqu’à prévenir ses congénères adjacents de l’imminence du danger [1]. Ne me demandez pas comment, je l’ignore.  Les missionnaires d’Afrique devaient l’ignorer également [2] sinon ils ne se seraient sans doute pas éteints dans les marmites des aborigènes locaux.

A titre tout à fait anecdotique, on notera que certains grammairiens, tels Monsieur Ménage [3] , furent en leur temps d’avis que ce mot n’accepte pas d’s au pluriel.

L’Académie, dans sa grande sagesse,  en décida autrement, et punit Monsieur Ménage de ses audaces en lui refusant en son sein une place qu’il n’avait d’ailleurs pas sollicitée.

 

 

 



[1] C’est de notoriété publique.

[2] C’est une hypothèse.

[3] Gilles Ménage (1613-1692) auteur du Dictionnaire étymologique du français, paru en 1694.

 

par Marie Rennard publié dans : Les A
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Samedi 29 mars 2008

Achalander : Signifie définitivement, catégoriquement et sans discussion possible, bien fourni en chalands, c'est-à-dire en clients, et en aucun cas, jamais, en marchandise. On distingue le chaland de la « pratique », détestablement ouvrière, à son embonpoint de bon aloi et au port d’un couvre chef de feutre du bon faiseur qui affichent son immédiate et rassurante solvabilité.

par Marie Rennard publié dans : Les A
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Samedi 29 mars 2008

 

Acolyte : avant de s’enliser dans le sens de comparse auquel nous le confinons aujourd’hui, l’acolyte était l’enfant de chœur personnel d’un évêque. On l’adjoignait fréquemment au personnel liturgique lors des grandes messes, flanqué d’un thuriféraire [1] pour faire bonne mesure.

Il est à noter que le terme « enfant de chœur » à lui aussi subi une subtile dépréciation au cours de ce siècle du fait de son utilisation presque exclusive dans des constructions négatives. On dit en effet plus souvent d’un jeune homme, à notre époque, qu’ « il n’est pas un enfant de chœur » plutôt que le contraire.

Bien qu’il soit parfaitement légitime d’écrire que votre fils s’est acoquiné à un douteux acolyte (acoquiner acceptant d’ailleurs –à l’inverse d’acacia- de s’orthographier accoquiner), il ne faut pas  attribuer par mégarde la même étymologie aux deux mots. Accoquiner vient indubitablement de coquin, et n’est donc apparenté à acolyte que par l’absence de sens moral.



[1] Le thuriféraire est le clerc chargé de l’encensoir, ce qui explique que le terme soit devenu synonyme de flagorneur.

par Marie Rennard publié dans : Les A
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Vendredi 28 mars 2008

Acclimater : En voilà un qui prend deux c. Outre que cette constatation constitue à elle seule une raison suffisante pour justifier sa présence, il faut encore noter que le processus d’autodéfense des acacias mentionné ci-dessus n’est autre qu’une forme d’acclimatation à l’environnement.

Foutaises me direz vous, hé bien oui, ce verbe n’est ici que prétexte à disserter, diserter même, sur l’opportunité du néologisme.

Bien des mots furent, en leur jeune âge, dénoncés comme néologismes. Reste que les néologismes d’hier sont souvent les classiques des puristes d’aujourd’hui. Acclimater en est un incontestable exemple. Créé par Monsieur l’Abbé Raynal (jésuite du 18ème siècle, auteur de nombreux essais et d’une « histoire des deux Indes »), cité pour la première fois au dictionnaire de l’Académie en 1798, il est l’illustration parfaite du néologisme dicté par la nécessité scientifique, d’autres vocables, comme emparouiller ou moindritude, toujours absents des dictionnaires, répondant, eux, à une nécessité poétique ou littéraire.

 

ü      Emparouiller : « Le grand combat » Henri Michaux

ü      Moindritude : traduction du « lessness » de Samuel Beckett

 

par Marie Rennard publié dans : Les A
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Jeudi 27 mars 2008

Accroche-cœur : Donne au pluriel « des accroche-cœurs » ou « des accroche-cœur » au choix comme on veut, ce qui est bien pratique.

L’accroche cœur, donc, est une petite mèche de cheveux aplatie en boucle sur la tempe ou le front.

On trouve également, dans le même esprit de séduction désuète, les « suivez-moi-jeune-homme », nœuds de rubans flottant dans l’air léger aux chapeaux de pucelles en quête de mari, voire plus si affinités.

par Marie Rennard publié dans : Les A
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Jeudi 27 mars 2008

Acculer : Pousser quelqu’un ou quelque chose dans un coin, contre un mur…

Ce verbe offre, avec d’autres du premier groupe, des possibilités toujours renouvelées de facile gaudriolage grâce au jeu de l’homophonie.

par Marie Rennard publié dans : Les A
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Mercredi 26 mars 2008

Adage : l’adage est la noblesse du proverbe, sa formulation littéraire, et nous livre sous la plume de grands auteurs de roturières vérités.

« Le crime est oublié sitôt qu’on le répare », écrivait Corneille. « Faute avouée est à moitié pardonnée » dit le proverbe. « Un sot trouve toujours un plus sot qui l’admire » trouve-t-on sous la plume de Boileau, quand les épiciers disent qu’ « Au pays des aveugles, les borgnes sont rois », On le voit, la différence ne réside pas dans la portée de la pensée, mais bien dans la recherche de son expression.

par Marie Rennard publié dans : Les A
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Mardi 25 mars 2008

Adultère : feminum est.

Qui osera démentir la singulière évidence ?

L’adultère est féminin. Cédons humblement la parole à Yvan Rheault, prédicateur occasionnel et webmaster de l'Église Baptiste Évangélique de St Hyacinthe au Québec, qui se consacre, via le web, à l’éradication du Mal par la chanson[1], et fredonnons même avec lui, sur l’air du Gorille, ce texte de son crû :

                                                                                                 

« Lucie Ferland te ment, te tente
Lucifer, lentement, t'attend

Son tableau de chasse est plein
De naïfs qu'elle a séduit
Sur sa liste, t'es le prochain
A tomber à son service
C'est le temps que tu t'enfuisses »

N’y a-t-il rien qui vous fasse frémir ? – hormis le style s’entend.

Qui est cette Lucie Ferland ? L’une de ces mémorables salopes succubes qui aurait autrefois sévi aux confins du Québec ? Nenni, c’est vous[2] c’est moi[3] . Nous toutes les gonzesses, fatalement tentatrices puisqu’on met point d’fichu, et qu’on ne pense rien qu’à faire choir dans nos rêts des benêts[4] acadiens.

C’est sur la base de ce principe que les hommes de loi et les hommes d’église, ceux qui portent jupon, ont établi les châtiments qu’on applique aux femmes adultères.

« L’évangile »[5], écrivait la Comtesse d’Arcira dans la plaidoirie qu’elle présenta jadis à ses juges, «a défendu l’adultère à mon mari tout comme à moi ; il sera damné comme moi, rien n’est plus avéré. Lorsqu’il m’a fait vingt infidélités, qu’il a donné mon collier à une de mes rivales, et mes boucles d’oreilles à une autre, je n’ai point demandé aux juges qu’on le fît raser, qu’on l’enfermât chez des moines, qu’on me donnât son bien. Et moi, pour l’avoir imité une seule fois, pour avoir fait avec le plus beau jeune homme de Lisbonne ce qu’il fait tous les jours avec les plus sottes guenons de la ville et de la cour, il faut que je réponde sur la sellette devant des licenciés, dont chacun serait à mes pieds si nous étions dans mon cabinet ; il faut que l’huissier me coupe à l’audience mes cheveux, qui sont les plus beaux du monde ; qu’on m’enferme chez les religieuses qui n’ont pas le sens commun, qu’on me prive de ma dot…Je demande si la chose est juste, s’il n’est pas évident que ce sont les cocus qui ont fait les lois » 

Acquiesçons à son évidence, et même illustrons là.

De tous temps, les femmes se sont battues pour qu’on leur reconnaisse l’adultère partagé, lasses d’affronter seules les joies primesautières de la lapidation. Dans les pays soumis à la loi islamiste, le code pénal prévoit encore, de nos jours, qu'un homme surprenant son épouse ou sa soeur en flagrant délit d’adultère et venant à la tuer, elle ou son complice, bénéficiera d’une excuse absolutoire, et le témoignage d’une femme vaut moitié de celui d’un homme. N’allons pas – inconsidérément - conclure que l’obscurantisme règne partout et encore en territoire mauresque. Les autorités afghanes elles mêmes, peu susceptibles de laisser-aller en matière de morale, ont récemment adouci l’horreur de la lapidation en réduisant, par décret, la taille des cailloux utilisés pour l’application de la peine. Que le temps fasse son œuvre et bientôt, l’on sablera, là-bas, en un châtiment symbolique, les femmes confondues[6].

Chez nous, heureusement, l’adultère n’est plus depuis longtemps passible de la confiscation ni de réclusion dans un couvent. Depuis 1975, il n’est même plus sanctionné du tout. A cette époque reculée, le code pénal déclarait délictueux l’adultère féminin, alors que le même acte n’était passible pour l’époux que d’une amende[7], à condition qu’il ait été commis au domicile conjugal, de façon répétée, et dûment constaté par un acte d’huissier. De même, le meurtre commis par l’époux sur son épouse adultère prise la main dans le sac bénéficiait également de « l’excuse absolutoire » toujours en vigueur chez les barbaresques, alors que la seule castration – gênante pour qui en est victime, mais moins que le meurtre, n’assurait l’indulgence des juges que dans les cas de viols.

Pourquoi, dans ce cas, vous bassiné-je encore avec des revendications ineptes au sujet de prétendues inégalités de traitement ?

Mais la condamnation morale, l’opprobre du voisinage, le sourire cauteleux de l’hôtelier, ne sont ils pas aussi difficiles à vivre, pour l’immense cohorte des Lucie Ferland, que la lapidation ?

 

 



[1] Les Evangélistes, malgré leur criante inaptitude à la musique, donnent dans la guitare avec obstination.

[2] Je cause aux filles là.

[3] Et je déteste qu’on m’appelle Lucie, sauf si je m’appelais Lucie, ce qui n’est pas le cas.

[4] Justement. Le dictionnaire des locutions vicieuses du Français du Canada signale le mot comme dérivé de beignet utilisé là-bas dans le sens de « simple d’esprit ».

[5] Dictionnaire philosophique de Monsieur Voltaire. C’est une œuvre qu’on n’étudie pas à l’école. On a tort, c’est la meilleure. On y apprend, entre autres, à l’article « Flux de ventre » qu’il convient… et puis, finalement, allez le lire vous-même. Gallica, le site de la BNF. Merci Monsieur Mitterrand. C’est vrai quoi…

[6] La loi islamique, d’ailleurs, prévoit la même peine de lapidation pour les femmes et les hommes adultères, en théorie.

[7] Oui, mais payée à qui ?

par Marie Rennard publié dans : Les A
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Lundi 24 mars 2008

Agglutinogène : Qui possède la propriété d’agglutiner.

D’où l’évidente constatation qu’un accident de rue peut-être à la fois banal et agglutinogène.

Plus sérieusement, on emploie bien plus avantageusement le terme « groupagène » pour désigner tout évènement susceptible de rassembler plus de trois personnes.

par Marie Rennard publié dans : Les A
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Lundi 24 mars 2008

 

Allitération : Procédé littéraire qui consiste à répéter les mêmes sonorités de consonnes à l’initiale de plusieurs syllabes ou mots (la répétition des voyelles portant le doux nom d’assonance).

L’exemple le plus classique de l’allitération reste sans conteste :

 

*     « pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ? »

Jean Racine, Andromaque.

 

Le rôle de l’allitération est à l’évidence exclusivement poétique.

 

Si je me demande :

 

*     « A qui sont destinés les avertissements des reptiles formulés sur nos boites crâniennes »,

 

Je ne change en aucune façon le sens du propos, mais en changeant sa forme, j’en altère le poids et la densité, je lui fais perdre toute poésie. Ce qui nous permet d’affirmer que l’allitération est le procédé inverse de l’altération malgré la ressemblance fortuite des deux mots.  

par Marie Rennard publié dans : Les A
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Samedi 22 mars 2008

Allochtone : Est le parfait contraire d’autochtone, qui lui est l’exact synonyme du précité aborigène, c'est-à-dire, « qui n’est pas originaire du pays où il habite »[1]

C’est ainsi qu’un parisien né et vivant à Paris pourra être sans coup férir qualifié indifféremment d’aborigène ou d’autochtone, alors que le même parisien né à Paris mais résidant à Pau, ou n’importe ou ailleurs, se classera indubitablement dans la catégorie des allochtones. Pour être le plus complet possible, nous signalerons que les allochtones sont souvent allogènes[2], même s’ils ne sont pas des lumières, et que la catégorie particulière des allochtones chinois pourra, elle, être qualifiée pour l’occasion d’allosinogène.



[1]TLF, Trésor de la Langue Française. Un bijou. En accès libre à l’adresse suivante : http://atilf.atilf.fr/tlf.htm 

[2] « se dit d’un groupe ethnique installé depuis relativement peu de temps sur un territoire et présentant encore des  caractères raciaux ou ethniques qui le distinguent de la population autochtone » TLF.

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Vendredi 21 mars 2008

Amphibologie : J’avais décidé d’exclure de ce dictionnaire tout terme technique. Amphibologie sonne le glas précoce de ma résolution. Tout d’abord il n’existe pas de règle qui ne souffre en silence au moins une exception, ensuite aucun d’entre vous ne s’est précédemment élevé contre l’allitération sous prétexte que le terme est connu du vulgaire.

L’amphibologie, dite aussi Jeannotisme, désigne l’ambiguïté d’une phrase, procédé aussi honorable en littérature que foncièrement comique dès qu’utilisé fortuitement par les rédacteurs de faits divers et les membres de la maréchaussée.

                                     

ü      « les magistrats jugent les enfants coupables »

ü      « il avait renversé un viticulteur qui avait eu les jambes broyées et s’était enfui »

 

Il suffit souvent de peu de choses pour lever l’amphibologie d’une phrase, si tant est qu’on en ait envie.  Dans le cas du premier exemple cité, on préfèrera à l’emploi d’un adjectif aussi ambigu que coupable celui d’un substantif, pour écrire :

 

*   Les magistrats jugent de la culpabilité des enfants.

 

Dans le second exemple cité, la cause de l’amphibologie tient au « et » dont on ne peut savoir s’il est relié à la proposition principale ou à la relative. On peut aisément changer alors la structure de la phrase pour :

 

*    Il s’était enfui après avoir renversé un viticulteur qui avait eu les jambes broyées.

 

 

 

par Marie Rennard publié dans : Les A
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Jeudi 20 mars 2008

 

Amphigouri : L’amphigouri est une courte folie littéraire, un écrit burlesque, volontairement obscur ou incompréhensible. Le mot acquit par extension un sens supplémentaire et péjoratif d’embrouillamini, d’inintelligible sabir patagon.

 

Il désigne également en poésie une petite pièce parodique et galimatiesque.

 

Nous citerons en exemple l’amphigouri suivant  pour ce qu’il est à l’origine d’une amusante anecdote :

 

Qu’il est heureux de se défendre

Quand le cœur ne s’est pas rendu !

Mais qu’il est fâcheux de se rendre

Quand le bonheur est suspendu.

Par un discours sans suite et tendre,

Egarez un cœur éperdu ;

Souvent par ton mal entendu

L’amant adroit se fait entendre.[1]

 

Fontenelle, aujourd’hui reconnu comme l’un des premiers philosophes [2] du grand siècle, l’ayant entendu chez Madame Tencin et lui trouvant toute l’apparence d’un discours cohérent, se le fit répéter afin de s’assurer du sens. A Madame Tencin[3], qui s’étonnait qu’il n’eût pas reconnu à première lecture toute l’absurdité du poème, il répondit que celui-ci était si pareil aux finesses qu’il était coutumier d’entendre chez elle qu’il n’était pas surprenant qu’il se soit, pour une fois, fourvoyé.



[1] Auteur inconnu. Renseignements bienvenus. « Wakefield, pensant qu’il s’agissait d’un travail sérieux, s’employa à en démontrer en deux pages les faiblesses ». Curiosities of Literature. Isaac d’Israeli.

[2] Les philosophes avaient bien entendu leurs détracteurs, qui par dérision les qualifiaient  de « cacouacs ». Nodier, dans son truculent  « examen critique des dictionnaires » commente en ces termes : « Ce n’est pas, comme le pense M. Boiste, Voltaire qui a inventé le plaisant mot de cacouac pour désigner les philosophes; c’est un certain Moreau, historiographe très-bien pensionné, très-prolixe et très-inconnu. Cacouac est un mot grec qui signifie mauvais, avec une terminaison iroquoise qui ne signifie rien. Les philosophes s’arrogèrent ce nom comme les gueux du Brabant; et, ce qu’il y a de pis, ils prirent la dérision au mot. Ce n’est pas ce qu’ils ont fait de mieux. »

[3] Nonne défroquée, elle devint célèbre à la fois pour ses frasques amoureuses et le salon d’agiotage qu’elle ouvrit à Paris et où se pressèrent les plus beaux esprits du siècle. Ses illégitimes amours eurent pour fruit, dit-on, le mathématicien d’Alembert, corédacteur avec Diderot de l’Encyclopédie qui porte leur nom.

par Marie Rennard publié dans : Les A
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Mercredi 19 mars 2008

Analecte : Le terme dans son acception première d’esclave chargé de ramasser les restes d’un repas ayant désormais basculé sans rémission dans la désuétude, le correcteur orthographique s’obstine à dénoncer la version singulier. Mais les technologies modernes portent en elles leurs faiblesses, et j’ai d’un clic droit, pur et franc, contraint ce veule instrument à l’immédiate obéissance (pour ceux qui l’ignorent encore sélectionner « ajouter au dictionnaire »).

Au pluriel, ce terme désigne un recueil de textes en prose ou en vers, une églogue. Le vocable le plus utilisé de nos jours pour désigner ce genre de chose est probablement « best of ». C’est y pas dommage ?

 

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Mardi 18 mars 2008

Anathème : Si l’anathême désignait dans l’antiquité les offrandes faites aux dieux, ou les victimes qui leur étaient immolées, la religion catholique, en tranchant la moitié de son accent circonflexe, lui donna le sens de sentence prononcée à l’encontre des hérétiques. L’anathème est pire que l’excommunication, puisque celui qui en est frappé est non seulement exclu de l’église, mais tombe sous le coup de la malédiction.

 

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Lundi 17 mars 2008

Annal : Qui dure un an. Il est souhaitable de se souvenir qu’il prend dans ce sens là deux « n » si l’on veut éviter dans son courrier toute atteinte à la bienséance.

 

*    « vous trouverez ci-joint un chèque en règlement de votre location annale »

 

L’exemple rend toute explication ou commentaire superflus.

 

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Dimanche 16 mars 2008

 

Anoblir : Conférer la noblesse, rendre noble. Non seulement au sens propre, mais aussi au sens figuré d’octroyer des qualités morales propres à la noblesse. Celles-ci restent toujours à définir, mais peu importe. Anoblir est donc également synonyme d’ennoblir. Quand à ôter la noblesse à qui se l’est précédemment  vu conférée, c’est une ignominie.

par Marie Rennard publié dans : Les A
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Samedi 15 mars 2008

Antépénultième : Signifie tout simplement avant avant dernier, et c’est tellement plus joli.

La prochaine fois que votre fils vous dira « à la course j’ai fait avant avant dernier », au lieu de lui répondre, d’aussi distraite qu’hypocrite façon, « c’est bien mon chéri », informez le que l’on dit « à la course, j’ai fait antépénultième ». Il saura ainsi parler, s’il ne sait pas courir[1].

 

 



[1] Le terme est en réalité le plus souvent utilisé en grammaire pour désigner l’avant avant dernière syllabe d’un mot.

par Marie Rennard publié dans : Les A
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