Les A

Samedi 8 mars 2008

Assassin : Désigne celui qui commet un meurtre avec préméditation. Le mot nous vient de l’italien assessino qui l’a lui-même emprunté à l’arabe ashishiyyin qui qualifie les fumeurs de hashish. On désignait ainsi au 13ème siècle les membres de la tribu des Ismaéliens de Syrie qu’on accusait de faire du cannabis indica une consommation indécente et se rendre coupables, sous l’emprise de l’herbe satanique, d’innombrables exactions et crimes à l’égard des musulmans et des croisés chrétiens.

La calomnie est évidente. Il n’existe pas d’exemple avéré de préméditation quelconque chez les fumeurs de hashish, surtout chez les plus assidus d’entre eux qui manient plus aisément la procrastination[1] que le gourdin. L’idée même de soulever un instrument contondant pour l’aller foutre sur la gueule d’un croisé déclenche chez eux des crises d’hilarité paralysantes.

Il semble donc urgent de rétablir ici la vérité historique. Soit les Ismaéliens de Syrie n’ont jamais fait de mal à une mouche, soit ils étaient vraiment de féroces assassins, mais dans ce cas l’accusation d’abus de stupéfiant relève de la médisance.



[1] La procrastination est l’art de remettre au lendemain ce que l’on peut faire le jour même.

Par Marie Rennard
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Dimanche 9 mars 2008

Aubépine : Arbuste à fleurs blanches et baies rouges qui fleurit habituellement au printemps.

C’est en août 1572 que l’aubépine connut son heure de gloire. On se souvient que c’est le tocsin de l’église Saint Germain l’Auxerrois qui sonne dans la nuit du 24 août le signal du massacre de la Saint Barthélemy. Dans l’après-midi, l’extermination des protestants et autres gêneurs ayant été rondement menée, le roi Charles IX donne l’ordre d’arrêter le carnage.

Le lendemain, on apprend qu’une aubépine vient de refleurir au cimetière des Innocents. Le fait est assez rare en cette saison pour être signalé, et chacun s’empresse d’y voir un signe divin. Le roi et sa cour se rendent sur les lieux. A cette occasion, l’un des gentilshommes de la suite royale suspecté d’hérésie est massacré par la foule. Le roi exprime alors à voix haute son souhait que ce soit là le dernier huguenot. La foule voit dans cette remarque un encouragement et le carnage reprend, s’étendant à toutes les provinces. On chiffrera le bilan de ces journées à trente mille morts. Qui fussent –peut être- restés vivants sans le caprice d’une fleur.

Par Marie Rennard
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Lundi 10 mars 2008

Atrabilaire : Ou pichrocole, nous dit Ambroise Paré. D’humeur noire, chagrine, irritable. La médecine ancienne attribuait certains troubles de l’humeur à l’excès de « bile noire » dans l’organisme du patient. Bilieux est d’ailleurs le synonyme le plus proche d’atrabilaire, ces deux adjectifs (issus de la même racine) étant le plus souvent utilisés, à juste titre sans doute, pour qualifier les censeurs.

Nul n’a pu oublier ces vers de Mirabeau qui préfacent l’un de ses textes licencieux « le rideau levé »

 

*      « Retirez vous, censeurs atrabilaires,

Fuyez, dévots, hypocrites et fous,

Prudes, guenons, et vous vieilles mégères,

Nos doux transports ne sont pas faits pour vous ».

Par Marie Rennard
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Mardi 11 mars 2008

Art

Art : Art vient de l’onomatopée hurt, que les lexicographes américains ont pu définir comme le borborygme de circonstance en cas de choc intempestif d’un autochtone avec un bison. Cette certitude acquise, la piste est aisée à remonter. Quand il a pris un bison dans l’œil,  l’homme voit les choses sous un angle différent de celui qui lui est coutumier. Cette torsion du réel, cette représentation modifiée de la réalité, subordonnée à l’émotion, va faire naître en lui une nécessité totalement indépendante de ses préoccupations de survie. On date de cette époque, encore mal définie, les premiers fossiles de peintres maudits, les mains encore maculées de rouge, l’estomac contracté sur du rien. Oui, la découverte de l’art va être un choc pour l’humanité. La découverte du beau artificiel, du beau par et pour l’homme. Par la peinture, la sculpture, la musique, la littérature, l’art, inutile sauf à la jouissance,  est le seul propre de l’homme, et dans de plus rares cas, de grands singes auxquels on fournit, outre la gouache et les pinceaux, de complaisants critiques pour vanter leurs simiesques talents dans les salons des capitales.

Par Marie Rennard
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Mercredi 12 mars 2008

 

Argutie : L’argutie est un raisonnement subtil et ingénieux, plaisant à utiliser avec les esprits chagrins et chipoteurs qui ont tôt fait de lui conférer une connotation péjorative, dès lors que par les moyens qu’ils affectent on leur dame le pion.

Si l’on décide de se montrer inutilement objectif, l’argutie est effectivement proche du ratiocinage, c'est-à-dire l’exercice de la faculté de raisonnement dans un but négatif, et, subséquemment, réservée aux esprits mesquins.

Par Marie Rennard
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Jeudi 13 mars 2008

Aranjuez : Celui-là, qui arrive juste après l’Aragon, fait briller l’espagnol de tous ses feux. Il faut s’appliquer à le dire en roulant délicatement le r et en atténuant la jota dans un murmure rauque. L’accent tonique sur la deuxième syllabe. Voilà. On trouve difficilement plus doux.

Par Marie Rennard
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Vendredi 14 mars 2008

Aragon :         « Au pays da-ga d'Aragon

Il y avait tu gud'une fill'

Qui aimait les glac's au citronEt vanille

 ...Au pays de-gue de Castille

Il y avait te-gue d'un garçon

Qui vendait des glaces vanill'Et citron. »

 

Est-il besoin de le citer ?

Il est de ceux qui sont entrés dans les manuels scolaires avant leur complète décomposition.

Ou bien la décomposition des textes de Monsieur Bobby Lapointe est elle ce qui les rend si décoaxialement délicieux.

Retournez écouter « Lumière tango », « Ta katie t’a quitté »…

Bref, l’Aragon. L’Aragon (qui eut Ubu[1] pour roi) a inspiré bien des poètes. Facile vérité.

L’Aragon est surtout connu pour son alliance politique et matrimoniale avec la Castille, autre province espagnole au doux parfum d’inquisition.

Ferdinand, d’Aragon, épousa en 1469 et en catimini (pour diverses raisons de politique familiale et successorale dont nous ne traiterons pas tant elles sont aussi  fastidieuses qu’essentielles), épousa, donc, Isabelle de Castille, notoire usurpatrice d’un trône qui ne lui était pas destiné, et qu’elle n’avait d’ailleurs à ce moment pas conquis.

A eux deux, plus quelques moindres autres, ils allaient unifier et reconquérir l’Espagne, qui n’était alors qu’un Emirat, et bouter les maures hors la péninsule ibérique. Le deux janvier 1492, Boabdil, sultan de Grenade, se rend aux armées espagnoles.

L’année sera faste pour l’Espagne. Le douze octobre, Christophe Colomb découvre l’Amérique, dont couleront des flots d’or qu’elle  ne saura pourtant pas faire fructifier[2].

Pour lors, débarrassée des musulmans, Isabelle de Castille va lancer l’inquisition sur les juifs, provoquant une émigration massive, d’innombrables conversions qui durent moins à la persuasion qu’à la cœrcition, et la résurgence des feux de joie, dont les cendres avaient à peine eu le temps de tiédir.

La mort d’Isabelle de Castille en 1504 signe le renouveau des luttes intestines pour la conquête de son trône, aboutissant à la mainmise des Habsbourg sur l’Espagne. Charles Quint règnera dès 1519 sur l’Espagne, les Amériques et les deux tiers de l’Europe, isolant la France de François 1er  qui en sera réduite à chercher secours chez Barbe Bleue[3] et, l’histoire est elle facétieuse, chez les Turcs[4] !



[1] Cf. Ubu roi, Alfred Jarry.

[2] Les hidalgos (hijo de algo, fils de) friands de diamants, dilapidèrent l’or des Amériques dans les échoppes des diamantaires juifs d’Anvers.

[3] On raconte, mais on raconte tant de choses, que Perrault s’inspira pour le personnage de Barbe Bleue du roi Henri VIII d’Angleterre, qui aimait la variété conjugale et ne recula devant aucun moyen pour  se débarrasser de celles de ses épouses qui avaient le mauvais goût de survivre à ses aspirations au changement.

Après avoir divorcé de Catherine d’Aragon, il épousa Anne Boleyn qui périt sur l’échafaud et sous un fallacieux prétexte afin de permettre à son auguste époux de convoler en justes noces, onze jours plus tard avec Jane Seymour, qui mourut en couches. Il épousa ensuite Anne de Clèves, qu’il répudia à cause de sa laideur, Catherine Howard, qu’il fit exécuter pour adultère, et Catherine Parr, qui se montra plus coriace que lui et lui survécut.

[4] François Ier conclut avec Soliman le magnifique une alliance militaire pour la reconquête du Milanais.

Par Marie Rennard
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Samedi 15 mars 2008

Antépénultième : Signifie tout simplement avant avant dernier, et c’est tellement plus joli.

La prochaine fois que votre fils vous dira « à la course j’ai fait avant avant dernier », au lieu de lui répondre, d’aussi distraite qu’hypocrite façon, « c’est bien mon chéri », informez le que l’on dit « à la course, j’ai fait antépénultième ». Il saura ainsi parler, s’il ne sait pas courir[1].

 

 



[1] Le terme est en réalité le plus souvent utilisé en grammaire pour désigner l’avant avant dernière syllabe d’un mot.

Par Marie Rennard
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Dimanche 16 mars 2008

 

Anoblir : Conférer la noblesse, rendre noble. Non seulement au sens propre, mais aussi au sens figuré d’octroyer des qualités morales propres à la noblesse. Celles-ci restent toujours à définir, mais peu importe. Anoblir est donc également synonyme d’ennoblir. Quand à ôter la noblesse à qui se l’est précédemment  vu conférée, c’est une ignominie.

Par Marie Rennard
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Lundi 17 mars 2008

Annal : Qui dure un an. Il est souhaitable de se souvenir qu’il prend dans ce sens là deux « n » si l’on veut éviter dans son courrier toute atteinte à la bienséance.

 

*    « vous trouverez ci-joint un chèque en règlement de votre location annale »

 

L’exemple rend toute explication ou commentaire superflus.

 

Par Marie Rennard
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Mardi 18 mars 2008

Anathème : Si l’anathême désignait dans l’antiquité les offrandes faites aux dieux, ou les victimes qui leur étaient immolées, la religion catholique, en tranchant la moitié de son accent circonflexe, lui donna le sens de sentence prononcée à l’encontre des hérétiques. L’anathème est pire que l’excommunication, puisque celui qui en est frappé est non seulement exclu de l’église, mais tombe sous le coup de la malédiction.

 

Par Marie Rennard
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Mercredi 19 mars 2008

Analecte : Le terme dans son acception première d’esclave chargé de ramasser les restes d’un repas ayant désormais basculé sans rémission dans la désuétude, le correcteur orthographique s’obstine à dénoncer la version singulier. Mais les technologies modernes portent en elles leurs faiblesses, et j’ai d’un clic droit, pur et franc, contraint ce veule instrument à l’immédiate obéissance (pour ceux qui l’ignorent encore sélectionner « ajouter au dictionnaire »).

Au pluriel, ce terme désigne un recueil de textes en prose ou en vers, une églogue. Le vocable le plus utilisé de nos jours pour désigner ce genre de chose est probablement « best of ». C’est y pas dommage ?

 

Par Marie Rennard
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Jeudi 20 mars 2008

 

Amphigouri : L’amphigouri est une courte folie littéraire, un écrit burlesque, volontairement obscur ou incompréhensible. Le mot acquit par extension un sens supplémentaire et péjoratif d’embrouillamini, d’inintelligible sabir patagon.

 

Il désigne également en poésie une petite pièce parodique et galimatiesque.

 

Nous citerons en exemple l’amphigouri suivant  pour ce qu’il est à l’origine d’une amusante anecdote :

 

Qu’il est heureux de se défendre

Quand le cœur ne s’est pas rendu !

Mais qu’il est fâcheux de se rendre

Quand le bonheur est suspendu.

Par un discours sans suite et tendre,

Egarez un cœur éperdu ;

Souvent par ton mal entendu

L’amant adroit se fait entendre.[1]

 

Fontenelle, aujourd’hui reconnu comme l’un des premiers philosophes [2] du grand siècle, l’ayant entendu chez Madame Tencin et lui trouvant toute l’apparence d’un discours cohérent, se le fit répéter afin de s’assurer du sens. A Madame Tencin[3], qui s’étonnait qu’il n’eût pas reconnu à première lecture toute l’absurdité du poème, il répondit que celui-ci était si pareil aux finesses qu’il était coutumier d’entendre chez elle qu’il n’était pas surprenant qu’il se soit, pour une fois, fourvoyé.



[1] Auteur inconnu. Renseignements bienvenus. « Wakefield, pensant qu’il s’agissait d’un travail sérieux, s’employa à en démontrer en deux pages les faiblesses ». Curiosities of Literature. Isaac d’Israeli.

[2] Les philosophes avaient bien entendu leurs détracteurs, qui par dérision les qualifiaient  de « cacouacs ». Nodier, dans son truculent  « examen critique des dictionnaires » commente en ces termes : « Ce n’est pas, comme le pense M. Boiste, Voltaire qui a inventé le plaisant mot de cacouac pour désigner les philosophes; c’est un certain Moreau, historiographe très-bien pensionné, très-prolixe et très-inconnu. Cacouac est un mot grec qui signifie mauvais, avec une terminaison iroquoise qui ne signifie rien. Les philosophes s’arrogèrent ce nom comme les gueux du Brabant; et, ce qu’il y a de pis, ils prirent la dérision au mot. Ce n’est pas ce qu’ils ont fait de mieux. »

[3] Nonne défroquée, elle devint célèbre à la fois pour ses frasques amoureuses et le salon d’agiotage qu’elle ouvrit à Paris et où se pressèrent les plus beaux esprits du siècle. Ses illégitimes amours eurent pour fruit, dit-on, le mathématicien d’Alembert, corédacteur avec Diderot de l’Encyclopédie qui porte leur nom.

Par Marie Rennard
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Vendredi 21 mars 2008

Amphibologie : J’avais décidé d’exclure de ce dictionnaire tout terme technique. Amphibologie sonne le glas précoce de ma résolution. Tout d’abord il n’existe pas de règle qui ne souffre en silence au moins une exception, ensuite aucun d’entre vous ne s’est précédemment élevé contre l’allitération sous prétexte que le terme est connu du vulgaire.

L’amphibologie, dite aussi Jeannotisme, désigne l’ambiguïté d’une phrase, procédé aussi honorable en littérature que foncièrement comique dès qu’utilisé fortuitement par les rédacteurs de faits divers et les membres de la maréchaussée.

                                     

ü      « les magistrats jugent les enfants coupables »

ü      « il avait renversé un viticulteur qui avait eu les jambes broyées et s’était enfui »

 

Il suffit souvent de peu de choses pour lever l’amphibologie d’une phrase, si tant est qu’on en ait envie.  Dans le cas du premier exemple cité, on préfèrera à l’emploi d’un adjectif aussi ambigu que coupable celui d’un substantif, pour écrire :

 

*   Les magistrats jugent de la culpabilité des enfants.

 

Dans le second exemple cité, la cause de l’amphibologie tient au « et » dont on ne peut savoir s’il est relié à la proposition principale ou à la relative. On peut aisément changer alors la structure de la phrase pour :

 

*    Il s’était enfui après avoir renversé un viticulteur qui avait eu les jambes broyées.

 

 

 

Par Marie Rennard
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Samedi 22 mars 2008

Allochtone : Est le parfait contraire d’autochtone, qui lui est l’exact synonyme du précité aborigène, c'est-à-dire, « qui n’est pas originaire du pays où il habite »[1]

C’est ainsi qu’un parisien né et vivant à Paris pourra être sans coup férir qualifié indifféremment d’aborigène ou d’autochtone, alors que le même parisien né à Paris mais résidant à Pau, ou n’importe ou ailleurs, se classera indubitablement dans la catégorie des allochtones. Pour être le plus complet possible, nous signalerons que les allochtones sont souvent allogènes[2], même s’ils ne sont pas des lumières, et que la catégorie particulière des allochtones chinois pourra, elle, être qualifiée pour l’occasion d’allosinogène.



[1]TLF, Trésor de la Langue Française. Un bijou. En accès libre à l’adresse suivante : http://atilf.atilf.fr/tlf.htm 

[2] « se dit d’un groupe ethnique installé depuis relativement peu de temps sur un territoire et présentant encore des  caractères raciaux ou ethniques qui le distinguent de la population autochtone » TLF.

Par Marie Rennard
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Lundi 24 mars 2008

 

Allitération : Procédé littéraire qui consiste à répéter les mêmes sonorités de consonnes à l’initiale de plusieurs syllabes ou mots (la répétition des voyelles portant le doux nom d’assonance).

L’exemple le plus classique de l’allitération reste sans conteste :

 

*     « pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ? »

Jean Racine, Andromaque.

 

Le rôle de l’allitération est à l’évidence exclusivement poétique.

 

Si je me demande :

 

*     « A qui sont destinés les avertissements des reptiles formulés sur nos boites crâniennes »,

 

Je ne change en aucune façon le sens du propos, mais en changeant sa forme, j’en altère le poids et la densité, je lui fais perdre toute poésie. Ce qui nous permet d’affirmer que l’allitération est le procédé inverse de l’altération malgré la ressemblance fortuite des deux mots.  

Par Marie Rennard
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Lundi 24 mars 2008

Agglutinogène : Qui possède la propriété d’agglutiner.

D’où l’évidente constatation qu’un accident de rue peut-être à la fois banal et agglutinogène.

Plus sérieusement, on emploie bien plus avantageusement le terme « groupagène » pour désigner tout évènement susceptible de rassembler plus de trois personnes.

Par Marie Rennard
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Mardi 25 mars 2008

Adultère : feminum est.

Qui osera démentir la singulière évidence ?

L’adultère est féminin. Cédons humblement la parole à Yvan Rheault, prédicateur occasionnel et webmaster de l'Église Baptiste Évangélique de St Hyacinthe au Québec, qui se consacre, via le web, à l’éradication du Mal par la chanson[1], et fredonnons même avec lui, sur l’air du Gorille, ce texte de son crû :

                                                                                                 

« Lucie Ferland te ment, te tente
Lucifer, lentement, t'attend

Son tableau de chasse est plein
De naïfs qu'elle a séduit
Sur sa liste, t'es le prochain
A tomber à son service
C'est le temps que tu t'enfuisses »

N’y a-t-il rien qui vous fasse frémir ? – hormis le style s’entend.

Qui est cette Lucie Ferland ? L’une de ces mémorables salopes succubes qui aurait autrefois sévi aux confins du Québec ? Nenni, c’est vous[2] c’est moi[3] . Nous toutes les gonzesses, fatalement tentatrices puisqu’on met point d’fichu, et qu’on ne pense rien qu’à faire choir dans nos rêts des benêts[4] acadiens.

C’est sur la base de ce principe que les hommes de loi et les hommes d’église, ceux qui portent jupon, ont établi les châtiments qu’on applique aux femmes adultères.

« L’évangile »[5], écrivait la Comtesse d’Arcira dans la plaidoirie qu’elle présenta jadis à ses juges, «a défendu l’adultère à mon mari tout comme à moi ; il sera damné comme moi, rien n’est plus avéré. Lorsqu’il m’a fait vingt infidélités, qu’il a donné mon collier à une de mes rivales, et mes boucles d’oreilles à une autre, je n’ai point demandé aux juges qu’on le fît raser, qu’on l’enfermât chez des moines, qu’on me donnât son bien. Et moi, pour l’avoir imité une seule fois, pour avoir fait avec le plus beau jeune homme de Lisbonne ce qu’il fait tous les jours avec les plus sottes guenons de la ville et de la cour, il faut que je réponde sur la sellette devant des licenciés, dont chacun serait à mes pieds si nous étions dans mon cabinet ; il faut que l’huissier me coupe à l’audience mes cheveux, qui sont les plus beaux du monde ; qu’on m’enferme chez les religieuses qui n’ont pas le sens commun, qu’on me prive de ma dot…Je demande si la chose est juste, s’il n’est pas évident que ce sont les cocus qui ont fait les lois » 

Acquiesçons à son évidence, et même illustrons là.

De tous temps, les femmes se sont battues pour qu’on leur reconnaisse l’adultère partagé, lasses d’affronter seules les joies primesautières de la lapidation. Dans les pays soumis à la loi islamiste, le code pénal prévoit encore, de nos jours, qu'un homme surprenant son épouse ou sa soeur en flagrant délit d’adultère et venant à la tuer, elle ou son complice, bénéficiera d’une excuse absolutoire, et le témoignage d’une femme vaut moitié de celui d’un homme. N’allons pas – inconsidérément - conclure que l’obscurantisme règne partout et encore en territoire mauresque. Les autorités afghanes elles mêmes, peu susceptibles de laisser-aller en matière de morale, ont récemment adouci l’horreur de la lapidation en réduisant, par décret, la taille des cailloux utilisés pour l’application de la peine. Que le temps fasse son œuvre et bientôt, l’on sablera, là-bas, en un châtiment symbolique, les femmes confondues[6].

Chez nous, heureusement, l’adultère n’est plus depuis longtemps passible de la confiscation ni de réclusion dans un couvent. Depuis 1975, il n’est même plus sanctionné du tout. A cette époque reculée, le code pénal déclarait délictueux l’adultère féminin, alors que le même acte n’était passible pour l’époux que d’une amende[7], à condition qu’il ait été commis au domicile conjugal, de façon répétée, et dûment constaté par un acte d’huissier. De même, le meurtre commis par l’époux sur son épouse adultère prise la main dans le sac bénéficiait également de « l’excuse absolutoire » toujours en vigueur chez les barbaresques, alors que la seule castration – gênante pour qui en est victime, mais moins que le meurtre, n’assurait l’indulgence des juges que dans les cas de viols.

Pourquoi, dans ce cas, vous bassiné-je encore avec des revendications ineptes au sujet de prétendues inégalités de traitement ?

Mais la condamnation morale, l’opprobre du voisinage, le sourire cauteleux de l’hôtelier, ne sont ils pas aussi difficiles à vivre, pour l’immense cohorte des Lucie Ferland, que la lapidation ?

 

 



[1] Les Evangélistes, malgré leur criante inaptitude à la musique, donnent dans la guitare avec obstination.

[2] Je cause aux filles là.

[3] Et je déteste qu’on m’appelle Lucie, sauf si je m’appelais Lucie, ce qui n’est pas le cas.

[4] Justement. Le dictionnaire des locutions vicieuses du Français du Canada signale le mot comme dérivé de beignet utilisé là-bas dans le sens de « simple d’esprit ».

[5] Dictionnaire philosophique de Monsieur Voltaire. C’est une œuvre qu’on n’étudie pas à l’école. On a tort, c’est la meilleure. On y apprend, entre autres, à l’article « Flux de ventre » qu’il convient… et puis, finalement, allez le lire vous-même. Gallica, le site de la BNF. Merci Monsieur Mitterrand. C’est vrai quoi…

[6] La loi islamique, d’ailleurs, prévoit la même peine de lapidation pour les femmes et les hommes adultères, en théorie.

[7] Oui, mais payée à qui ?

Par Marie Rennard
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Mercredi 26 mars 2008

Adage : l’adage est la noblesse du proverbe, sa formulation littéraire, et nous livre sous la plume de grands auteurs de roturières vérités.

« Le crime est oublié sitôt qu’on le répare », écrivait Corneille. « Faute avouée est à moitié pardonnée » dit le proverbe. « Un sot trouve toujours un plus sot qui l’admire » trouve-t-on sous la plume de Boileau, quand les épiciers disent qu’ « Au pays des aveugles, les borgnes sont rois », On le voit, la différence ne réside pas dans la portée de la pensée, mais bien dans la recherche de son expression.

Par Marie Rennard
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Jeudi 27 mars 2008

Acculer : Pousser quelqu’un ou quelque chose dans un coin, contre un mur…

Ce verbe offre, avec d’autres du premier groupe, des possibilités toujours renouvelées de facile gaudriolage grâce au jeu de l’homophonie.

Par Marie Rennard
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