Les B

Lundi 25 février 2008

Bon-chrétien : Variété de grosse poire très appréciée, nous dit le Larousse. Que les rédacteurs du Larousse prennent leurs responsabilités, et que les mauvais esprits se gardent  de toute irrévérence.

Pourquoi diable mentionner une variété de poires dont tout le monde se contrefiche, et dont personne n’a jamais, du reste, entendu parler ?

 Parce que son étymologie est un mystère qui a préoccupé des générations d’historiens de la langue. Les hypothèses sont nombreuses, souvent incongrues, et Nodier, adepte de la simplicité et de la logique en matière d’étymologie,  propose la sienne dans son « Examen critique des dictionnaires ».

 

 »

 

Au registre des poires improbables parce que de genre masculin, on trouvera aussi le chat-brûlé, variété à chair pierreuse, ou le caillot-rosat. Le pluriel de ces trois espèces est évidemment lui aussi source de contrariétés. On écrit cependant « des bons-chrétiens », « des chats-brûlés », etc, faisant fi des conseils avisés des grammairiens qui prônent qu’on n’écrive que « des poires bon-chrétien » ou « des poires chat-brûlé ».

Le sujet passionne, je le sens. Je comblerai peut-être les plus exigeants des lecteurs en ajoutant que Nodier, toujours dans son examen critique des dictionnaires, prête à la poire « capendu » des origines dans le nom composé « court-pendu ». Je je doute pourtant fortement de l’exactitude de cette définition depuis que j’ai lu dans le Littré, sous l’entrée « capendu » la définition suivante « espèce de pomme rouge ». Qui croire, Seigneur, qui croire ?

Dans tous les cas, on ne trouve plus sur les marchés que des poires passe-crassane qui sont à mon humble avis impropres à la consommation. 

 

 

Et listées au TLF

Première édition en 1828. Deux cent ans après sa mort, Ménage est toujours brocardé pour ses méthodes fantaisistes. Il faudra attendre la fin du vingtième siècle pour que les lexicographes lui rendent hommage, en démontrant que 70% de ses étymologies sont correctes.

Par Marie Rennard
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Mardi 26 février 2008

Boétie : La Boétie ne doit pas être confondu avec le béotien que nous avons évoqué plus haut. Même si les deux mots ont l’air copains comme cochons, La Boétie a des amis moins teignes[1].



[1] C’est le propre d’un bon calembour que d’être mauvais. La Boétie a pour ami Montaigne.

Par Marie Rennard
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Mercredi 27 février 2008

Blet : Etat d’un fruit trop mur et légèrement pourri. Se dit aussi, sans indulgence, d’une personne manquant de vivacité intellectuelle.

Par Marie Rennard
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Jeudi 28 février 2008

Blanc-bec : Le blanc-bec est un jeune homme dont la lèvre n’est pas encore assombrie par la moustache, et qui, par extension, manque d’expérience. Cousin germain du béjaune de la même espèce, qui tire son nom de « bec jaune » en référence aux oisillons incapables de sortir du nid – façon rat des villes et rat des champs.

Il fait partie de ces noms composés dont le pluriel est source de discorde entre grammairiens ou écrivains, et de guerre lasse accepte les trois formes possibles « blancs-becs », « blanc-bec » ou encore « blancs-bec ».

Dommage qu’on n’ait que rarement l’occasion de l’écrire, alors qu’on sèche quotidiennement sur ouvre-bouteilles, vide-poches, francs-tireurs,…

Il est impossible de prétendre régler une fois pour toutes l’accord des noms composés en s’astreignant à la fastidieuse étude des règles qui le régissent, elles souffrent trop d’exceptions, bien qu’elles en souffrent moins que nous.

On peut cependant, aux prix d’un raisonnable effort, se souvenir de quelques principes de base, que je vous livre ici sans barguigner plus outre.

 

-         dans les noms composés formés de deux noms, les deux prennent la marque du      pluriel, sauf exception ;

-         lorsqu’il y a une préposition entre les deux noms, seul le premier nom prend la marque du pluriel, sauf exception ;

-         dans les noms composés formés d’un nom et d’un adjectif, les deux s’accordent, sauf exception ;

-         dans le nom composé formé d’un nom et d’un adverbe (ou d’un adjectif employé comme adverbe), seul le nom s’accorde, sauf exception ;

-         dans le nom composé formé d’un nom et d’un verbe, seul le nom varie, sauf exception ;

-         enfin, les noms composés formés de deux mots invariables sont invariables, sans exception, et ça fait du bien.

 

Dans tous les cas, je vous conseille de vérifier systématiquement dans un dictionnaire, les exceptions refusant la plupart du temps de se dénoncer de mémoire, sauf chez quelques individus atypiques et particulièrement tordus.

 

Par Marie Rennard
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Samedi 1 mars 2008

Biroute : Ne figure pas au TLF, mais est recensé dans nombre de dictionnaires (Larousse, Médiadico) comme le manche à air indiquant la direction du vent sur un terrain d’aviation, et je gage que ce n’est pas là la définition que vous attendiez.

Par Marie Rennard
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Dimanche 2 mars 2008

Billevesée : Propos vide de sens, occupation sans importance ou frivolité, le mot doit à Monsieur Greg, heureux père d’Achille talon, de n’avoir pas succombé aux coups de boutoir du temps. Il a même acquis,  pour les lecteurs assidus des tribulations du détonnant Achille, une pétulance qui lui eût autrement fait défaut.

 

Par Marie Rennard
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Lundi 3 mars 2008

Bifidus : Le mot n’est toujours pas entré dans les dictionnaires, et la prochaine qui me propose un yogourt au bifidus, actif ou pas, je lui fous mon poing sur la gueule.

 

Par Marie Rennard
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Mardi 4 mars 2008

Bien-dire : Le bien-dire est l’action de s’exprimer avec brio, éloquence et talent. On se souvient du « mieux-disant » culturel inauguré par le moins respectable des deux Léotard[1] au moment du projet de privatisation de la première chaîne de télévision, en 1986. L’adage qui dit que le mieux est souvent l’ennemi du bien, se vit, en cette particulière occurrence, très rapidement et durablement confirmé.

 



[1] Ministre, qui a survécu à son talentueux et alcoolique frère acteur.

Par Marie Rennard
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Mercredi 5 mars 2008

Béotien : Le béotien, autrefois habitant de la Béotie, province de la Grèce antique souvent en conflit avec Athènes et les Thessaliens, désigne aujourd’hui une personne lourde, stupide et ignorante, toutes sympathiques qualités que prêtaient les athéniens aux habitants de cette belliqueuse province.

On l’emploie également pour désigner un profane, ou un néophyte égarés parmi des spécialistes d’un domaine précis.

Par Marie Rennard
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Jeudi 6 mars 2008

Barbarisme : le barbarisme est une faute de langage due à la déformation, à l’altération d’un mot existant, ou à l’usage fantaisiste des prépositions. Un exemple valant toujours mieux qu’un discours, nous rappellerons le malheureux arborigène, le célébrissime infractus, l’inénarrable embouligue, dont fut victime le pauvre Panisse[1], ou le moins connu mais si cher à ma belle-mère « c’est bon à la santé »  qui nous prouvent que les barbarismes peuvent être créatifs, enrichissants et amusants. Pourquoi s’en priver ?



[1] Marcel Pagnol, César. L’embouligue désigne à Marseille le nombril, et vient du latin umbilicus, preuve que le français du sud est au moins aussi bien né que celui de Paris.

Par Marie Rennard
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Vendredi 7 mars 2008

Bailler : Sans accent circonflexe, signifie dans un style littéraire voire même obsolète, donner, conférer, et même faire accroire dans l’expression consacrée « tu me la bailles belle ».
Quelques vers  illustreront l’emploi premier du verbe :

Va, vole et pense, homme libre
Sur les ailes de la renommée.
Et quand au détour d’un couloir,
Par d’animales contingences, poussé, inexorablement,
Tu poseras ton cul couronné de lauriers
Sur la lunette des chiottes étincelante du lustre
Que l’inculture chaque jour assidûment  leur baille
A grands coups de chiffons crasseux, humblement,
Dis l’immémoriale prière que récitent même les Dieux
Finalement je dépends d’Elle pour n’avoir pas le cul merdeux !

Par Marie Rennard
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