Les D

Mardi 9 octobre 2007

Démoniaque : « les vaporeux, les épileptiques, les femmes travaillées de l’utérus, passèrent toujours pour être les victimes des esprits malins…Quand les symptômes étaient fort compliqués, c’est qu’on avait plusieurs démons dans le corps, un démon de fureur, un de luxure, un de contradiction, un de roideur, un d’éblouissement, un de surdité ; et l’exorciseur avait à coup sur un démon d’absurdité, joint à un de friponnerie »

Hé bien oui, c’est encore Voltaire qui parle, de Dieu, du Diable et de l’église. Un petit calcul statistique aussi savamment qu’approximativement établi par nos soins démontre qu’un tiers environ des pages du dictionnaire philosophique sont consacrées à Dieu, au Diable, et au clergé. Mais ne nous égarons point. Le démoniaque est possédé, c'est-à-dire qu’il ne s’appartient plus, il appartient corps et âme au démon qui l’habite –  et donc l’église procède à tout un tas de simagrées pour tenter de recouvrer, par l’intimidation, un territoire qu’elle aussi convoite. Il existe plusieurs sortes de démons. Des pour sexe faible, les démons incubes[1], et des pour sexe fort, les démons succube[2]. Vous l’aurez compris, ceux là ne songent qu’à paillarder pour planter leurs corniauds, ce qui les rend somme toute plus sympathiques que nombre de jésuites. Encore qu’avec les jésuites, il vaut mieux se méfier, y’en a des bien.

 



[1] De inc cubare « coucher sur ».

[2] De sub cubare « coucher sous ».

Par Marie Rennard
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Mardi 9 octobre 2007

Dévotion : Nombre de saints hommes ont écrit sur la dévotion, à l’intention des femmes le plus souvent.

Etrange paradoxe de l’église qui consiste à considérer la femme comme créature impure, source de toute vilenie, inapte aux exercices de l’esprit, et à écrire dans le même temps des ouvrages tendant à lui édifier l’âme et le coeur.

« Un homme qui se dit dévot » écrivait Voltaire, «  ressemble à un roturier qui se dit marquis; il s’arroge une qualité qu’il n’a pas. Il croit valoir mieux que son prochain. On pardonne cette sottise à des femmes; leur faiblesse et leur frivolité les rendent excusables; les pauvres créatures passent d’un amant à un directeur avec bonne foi; »

Un dictionnaire, pour être philosophique, n’est pas forcément exempt de primaires imbécillités[1].

 Saint François de Sales[2] a dédié son « Introduction à la vie dévote » à Madame de Charmoisy, et le seizième siècle a vu fleurir, avec le concile de Trente, un mouvement de théorisation de la dévotion au sein d’une église catholique encore soucieuse d’éviter le schisme protestant en se remettant en question tant dans son enseignement que dans ses pratiques.

Si l’on suit les préceptes de François de Sales, la dévotion est, bien plus que la simple manifestation extérieure du culte, une véritable occupation à plein temps. Les devoirs à remplir sont nombreux, l’engagement total. Entre la méditation matinale et la séance de lecture des évangiles, la confession et l’introspection, il ne reste plus guère de temps pour pécher ou s’adonner à la charité, à laquelle il faut de surcroît être prompte, en se montrant, pas trop ostensiblement si possible, douce et humble de coeur.

Voilà pour l’aspect strictement religieux.

Mais rapidement la dévotion, les dévots plutôt, vont entrer en politique (ou y ont-ils toujours été) et, pour satisfaire leurs ambitions, peu à peu battre en brèche la paix religieuse, jusqu’à la révocation, en 1685, de l’Edit de Nantes.

Les théoriciens de la dévotion, pourtant, avaient dans leurs ouvrages mis en garde leurs ouailles contre les faux dévots.

Louis-Marie Grignon de Monfort écrivit au début du 18ème siècle, (un peu tard il est vrai pour être de quelque secours à Louis XIV), dans son « Traité de Vraie Dévotion à la Sainte Vierge », qu’il faut répertorier sept sortes de faux dévots : les critiques, les scrupuleux, les extérieurs, les présomptueux, les inconstants, et les hypocrites, auxquels le populaire à donné le nom de cagots.

Molière, dans son Tartuffe, s’était déjà livré à cette énonciation en dotant son dévot de l’ensemble, ou presque, de ces qualités[3].

La dévotion, de nos jours, ne fait plus recette. Il faut peut-être en chercher la raison dans le fait que le public visé par les ouvrages édifiants a préféré se tourner vers la télévision qui a su analyser, mieux que les ecclésiastiques, les meurs et ambitions de la ménagère de moins de cinquante ans, reléguant dans l’oubli François de Sales et Grignon de Monfort, et confirmant la fine analyse voltairienne de la psychologie féminine.

 



[1] Les pauvres créatures, Monsieur Voltaire, simulent la bonne foi, et tant d’autres choses.

[2] Cofondateur, avec l’annecien  Claude Favre de l’académie Florimontane, il sera également à l’origine de la création de l’Académie Française, et de l’ordre religieux des visitandines. Le fils de Claude Favre, plus connu sous le nom de Vaugelas, et célèbre grammairien, sera membre de l’Académie Française dès sa création en 1635.

[3] La reine mère, indignée par la pièce, demanda son interdiction pure et simple au roi, qui n’interdit que les représentations publiques. Les représentations privées constituaient à l’époque la majeure partie du public (pouf pouf) et Louis XIV ne fit preuve d’intolérance religieuse active que dans la dernière partie de son règne.

Par Marie Rennard
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Mardi 9 octobre 2007

Doryphore : Le doryphore est un coléoptère friand de patates. Hormis le savoyard, nul n’est plus friand de patates que le doryphore. C’est pourquoi cet être fruste et taciturne – je parle du savoyard bien sûr, le doryphore étant lui d’un naturel gai et insoucieux – livre au coléoptère une guerre sans merci. Le doryphore s’en fout, et continue d’arborer ses élégantes rayures et sa trogne rougie dans le jardin du savoyard (prononcer saoayard pour faire local), qui jure dans ses chicots la perte de la bête, et nomme dans son ire du même nom affreux le seul autre parasite dont il ait à souffrir, lui aussi saisonnier, coloré, insoucieux, et dévoreur de bonnes patates, l’abominé touriste.

 

Par Marie Rennard
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