Les E

Mardi 9 octobre 2007

Etymologie : c’est l’étude de la dérivation des mots par rapport à leurs racines. Une connaissance sommaire des règles de l’étymologie permettra souvent au néophyte de déduire, par simple le simple exercice de la logique, le sens de mots qui lui sont à priori inconnus.

Ainsi, la connaissance de la racine « entomo », qui signifie insecte, permettra d’appréhender aisément le sens d’entomologie, l’étude des insectes ou d’entomoforme, qui à la forme d’un insecte. L’étymologie pratiquée de manière intuitive donne souvent d’excellents résultats, et parfois d’excellentes approximations. Ainsi, l’on pourrait jurer, d’après les deux exemples précédents, que l’entomographie désigne une écriture en pattes de mouches, et l’entocéphale celui qui n’a pas plus de cervelle qu’une fourmi.  Dangereux raccourci, et l’entomographie désigne en fait l’histoire des insectes. Quand à l’entocéphale[1], il désigne, non pas une petite tête, mais celui qui use d’un entonnoir comme couvre-chef.

A titre d’entraînement, l’on peut essayer de retrouver par l’étymologie le sens des termes suivants : curtipède, décadactyle ou bordéliforme, qui sont aisés, ou infundibuliforme, moins aisé mais plus drôle[2]. On aura soin de bien observer l’orthographe du mot, la moindre variation pouvant induire un changement notable de sens. Rajoutez un H à l’éthymologie, et vous vous noierez dans une éthernité de supputations hasardeuses…

 



[1] C’est en vérité l’une des pièces de la tête des hexapodes.

[2] Dans l’ordre, qui a les pieds courts, qui a dix doigts, qui est bordélique, et enfin, qui a la forme d’un entonnoir. Lautréamont, dans les chants de Maldoror évoque « l’anus infundibuliforme » de la gent homosexuelle.

Par Marie Rennard
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Samedi 26 avril 2008

Émétique :On commença à faire usage de cette substance vers le milieu du XVIIème siècle. Monsieur Thénard[1] place sa découverte en l’année 1631, et cite Adrien Mynsecht [2] comme le premier qui l’ait fait connaître. En 1658, un médecin d’Abbeville, nommé Du Sausoi [3] s’en servit pour guérir Louis XIV de la fièvre. Comme l’antimoine, l’émétique eut de grands partisans, et de plus grands détracteurs. Condamné plusieurs fois par les parlements et la faculté de médecine, il n’en est pas moins resté l’un des plus puissants remèdes que la nature ait donnés à l’homme [4] .

Oui da, mais qu’est-ce donc quand même exactement ? Rien d’autre qu’un bête vomitif.

Dans la pharmacopée actuelle, on utilise essentiellement pour leurs effets émétiques l’alun de potassium,  dont la toxicité est si faible qu’on en use souvent pour préparer des pâtes à modeler maison[5], et l’apomorphine chlorhydrate, qu’on administre également en traitement de la maladie de Parkinson.

Cependant, l’émétique mentionné par l’Encyclopédie des Deux Mondes était un mélange bien moins inoffensif que  l’alun de potassium, fait d’antimoine et de tartrate de potasse. Or l’antimoine[6], qu’on classe désormais dans la famille des pnictogènes avec, entre autres, l’arsenic ou le phosphore, peut  s’avérer, selon le dosage, hautement toxique. Qu’on ait usé d’ailleurs d’un vomitif pour guérir des fièvres pourrait surprendre nos contemporains, mais rappelons que la médecine n’avait pas vocation, au XVIIème siècle, à guérir les malades, mais plus simplement à les purger de leurs humeurs, souvent avec le succès que retrace pour nous Molière dans ce dialogue entre Dom Juan et Sganarelle :

 

-         Il y avoit un homme qui, depuis six jours, étoit à l’agonie. On ne savoit plus que lui ordonner, et tous les remèdes ne faisoient rien ; on s’avisa à la fin de lui donner de l’émétique.

-         Il réchappa, n’est-ce pas ?

-         Non, il mourut.

-         L’effet est admirable.

-         Comment ? il y avoit six jours entiers qu’il ne pouvoit mourir, et cela le fit mourir tout d’un coup. Voulez-vous rien de plus efficace ?

-          

Profitons de l’occasion pour rappeler aux mères de familles qu’il ne faut jamais, en aucun cas, administrer un émétique à un enfant ayant ingéré du Destop, de l’acide sulfurique ou une simple rasade de détergent d’apparence anodine, mais bien plutôt contacter immédiatement le SAMU qui devrait vous envoyer des secours en urgence, avant ou après vous avoir passé un savon circonstancié pour avoir laissé traîné des saloperies sur les étagères du bas.


 

Illustration : Basile Valentin.



[1] Chimiste, découvreur de l’eau oxygénée et du bleu de cobalt, et inspirateur, à cause de son opposition à la réduction du temps de travail des enfants, du nom des Thénardiers des Misérables de Hugo.

[2] C’est une erreur, il s’agit de Mynsicht, auteur de l’histoire de la médecine depuis son origine jusqu’au XIXème siècle. 1815.

[3] Mademoiselle de Montpensier, dans ses mémoires, évoque un écuyer de ce nom, mais nous n’avons pas retrouvé d’informations relatives au Du Sausoi dont il est question ici.

[4] Encyclopédie Générale des Deux Mondes, 1874.

[5] Alors, deux bols de farine, un bol de sel, un bol d’eau, deux cuillerées à soupe d’alun de potassium, une dose de colorant alimentaire, une cuillère à café d’huile. Vous faites bouillir la flotte avec l’huile et le colorant alimentaire et vous versez sur le reste touillé dans un saladier. A conserver dans un tupperouére.

[6] L’origine du mot antimoine viendrait dit-on, d’une circonstance assez singulière. Basile Valentin qui, le premier, sut extraire le métal pur de son sulfure et le proclama, sous le nom de Lion oriental, comme un remède à tous maux, ayant vu des porcs acquérir un embonpoint extraordinaire pour avoir mangé le résidu d’une de ses opérations sur l'antimoine, crut que ce métal pourrait rétablir la santé des moines de son monastère, exténués par les jeûnes et les mortifications. L’administration de ce nouveau remède fut fatale à ces bons religieux, qui périrent en grand nombre. Chimie élémentaire appliquée aux arts industriels, Girardin, 1873.

Par Marie Rennard
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