Les F

Jeudi 4 octobre 2007

Fossoyeur : En nos temps de compétitivité scolaire et de chômage aggravé, il est à peine concevable que les conseillers pédagogiques s’abstiennent systématiquement d’orienter les collégiens en situation d’échec vers l’exercice de ce respectable métier d’avenir autant que de noble passé, classé dans la catégorie C de la Fonction publique territoriale, et qui de plus présente l’incontestable avantage de ne nécessiter aucun pré-requis, pas même un niveau CAP.

Bien sûr, on objectera qu’outre l’aspect psychologiquement peu engageant de la profession, les plans de carrière sont très limités et les salaires peu évolutifs.

C’est aussi que le populaire n’a d’image du fossoyeur que celle d’un précoce quinquagénaire abattu de désespoir et de misère sur sa pioche couverte de glaise et contraint de supporter à longueur de dimanches des cohortes de veuves plus ou moins éplorées qui sollicitent de sa personne des mains habiles à l’entretien des tombes, une épaule accueillante et un brin de causette, voire un occasionnel divertissement si affinités. Or, cette représentation commune est tout sauf réaliste. Les fossoyeurs, sous des dehors trompeusement neurasthéniques, sont gens de vendication, comme en témoigne par exemple la succession de réquisitoires présentés au conseil municipal par les représentants de la profession au dix-neuvième siècle dans la ville de A.  

Le compte rendu des délibérations du conseil de ladite ville mentionne, le premier mai 1872 (qui n’était pas encore un jour férié),  une pétition des porteurs et fossoyeurs exposant qu’étant payés à la tâche, tous sont dans une position de fortune très-précaire et que leur industrie particulière ne suffit pas à les nourrir et entretenir, la nature de leurs fonctions les obligeant à se tenir constamment sur le qui-vive et leur interdisant de se livrer à de complémentaires et ponctuelles occupations.

Le document fait en outre état du manque à gagner induit pour eux par la modification du mode de calcul tarifaire pondéré en fonction des ressources de la famille du défunt adopté par le conseil municipal le 23 mai 1871, perte encore aggravée par le taux exceptionnellement faible de décès de l’année.

A cette crise conjoncturelle s’en ajoute une autre, chronique, les deux tiers des sépultures étant, disent-ils, celles d’indigents exécutées par leurs soins d’une façon qu’ils estiment abusivement gratuite.

Ils réclament donc une nette revalorisation de leur travail, s’abstenant de mentionner le fait qu’ils reçoivent de l’hôpital, chaque fois qu’ils portent en terre un miséreux, trois kilos de pain – soit en moyenne 110 kg annuels, que lesdites sépultures gratuites ne représentent, après vérification des chiffres des trois années antérieures, qu’un tiers du total, et non pas deux, et que s’ils ne touchent pas un rond sur l’enterrement des pauvres, les taxes établies pour les riches sont déjà, dans l’esprit de la promotion du lien social, sur-tarifées afin de compenser la gratuité des mises en terre sommaires.

Le conseil municipal, bon enfant, admettra dans ses délibérations que le niveau de vie de ses fossoyeurs a subi une altération due au nouveau mode de calcul instauré par ses soins, la hausse des tarifs de première classe ne compensant pas – du fait de la moindre proportion de défunts concernés, la baisse des tarifs de seconde et troisième classe qui constituent l’immense réservoir des défunts, ainsi que le peu de raison qu’il y aurait à faire valoir aux fossoyeurs qu’ils se rattraperaient sûrement sur l’année à venir des défections de leur clientèle pour l’année écoulée, et consentit à revoir à la hausse les taxes sur les enterrement, à raison d’un franc pour ceux de première classe, cinquante centime sur ceux de seconde, et vingt-cinq pour les RMIstes.

Les porteurs et fossoyeurs ne se déclarèrent satisfaits de cette augmentation de leur commission que pour quelques années. Dès 1888, ils obtinrent une mensualisation de leur traitement plutôt qu’un paiement à la pièce, d’un montant de trente francs pour les porteurs, et cinquante-cinq pour les fossoyeurs, suite à une autre savante pondération justifiée par le fait que les familles d’aucuns trépassés en visite faisant généralement  rapatrier les dépouilles mortelles sur leurs habituels lieux de villégiature, le nombre des inhumations était toujours légèrement inférieur à celui des convois. Les fossoyeurs travaillant par équipe de deux, et qui gagnaient fort logiquement le double du salaire des porteurs qui œuvraient par équipe de quatre, s’étaient tout aussi logiquement vu retrancher la partie des émoluments correspondant aux inhumations non effectuées.

A partir de là, et jusqu’au 8 mai 1931 (qui n’était pas férié lui non plus) les archives départementales de la ville de A. attestent de la régularité des augmentations de salaires des porteurs et fossoyeurs, et de la difficulté à pourvoir les postes vacants, bien que depuis longtemps un costume soit fourni gratuitement tous les trois ans aux officiants, et qu’ils se soient vu octroyer nombre de primes pour l’accroissement rapide et régulier du nombre des sépultures et des exhumations.

Il apparaît donc urgent d’informer notre belle jeunesse en quête d’un travail rémunérateur que la profession continue à souffrir d’un manque de vocations, que le bleu marine sied au teint des blondinets, et que les avantages que constituent la profusion de fleurs sur les lieux de travail et l’absence systématique de réclamations de la part de la clientèle font de cet emploi une relative sinécure, pour qui ne craint pas l’humour noir.

 

 

Tout lecteur capable de proposer un calcul mathématique permettant d’établir, à partir des données fournies dans ce paragraphe, le nombre total de décès survenus dans la commune pour l’année 1871 se verra offrir un exemplaire gratuit du « Dictionnaire Arbitraire ».

Post note : Xavier, lecteur de longue date, vient de réussir avec brio le calcul du nombre de décès, et de gagner l'exemplaire gratos du dico s'il paraît un jour. Que les autres sachent bien qu'il n'y avait qu'UN exemplaire à gagner. Pas la peine de vous casser le tronc, c'est trop tard. Bravo Xav !

Par Marie Rennard
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Mardi 9 octobre 2007

Femme : En général elle est bien moins forte que l’homme, moins grande, moins capable de longs travaux; son sang est aqueux, sa chair moins compacte, ses cheveux plus longs, ses membres plus arrondis, les bras moins musculeux, la bouche plus petite, les fesses plus relevées, les hanches plus écartées, le ventre plus large. Ces caractères distinguent les femmes dans toute la terre, chez toutes les espèces, depuis la Laponie jusqu’à la côte de Guinée, en Amérique comme à la Chine.

C’est Voltaire qui cause. Et quand Voltaire cause, on ferme sa gueule. Tout au plus se peut- on permettre de relever les occurrences, et constater qu’il use dans sa comparaison de cinq moins contre six plus.

Il serait aisé de s’en tenir là. Aisé mais malséant, aussi tentons de développer plus avant le sujet - qui est un l’espèce une sujette. Car ne nous y trompons pas, c’est bien ce qu’est, ce qu’a toujours été la femme, sujette, et même assujettie. Le vocabulaire lui-même en témoigne.

Par simple curiosité, et aussi parce que ça nous arrange, listons les synonymes du dissyllabique vocable femme qui figurent au dictionnaire du CNRS, corps sérieux s’il en fut.

Amante, bourgeoise, commère, concubine, compagne, conjointe, dame, demoiselle, donzelle, fille, garce, gonzesse, gouge, grande bringue, grognasse, légitime, matrone, maîtresse, moitié, moukère, muse, ménesse, nana, nénette, poule, prostituée, rombière, régulière, servante, virago, égérie, épouse. On pourra constater sans peine que sur ces trente-et-un termes académiquement choisis, six seulement, voire sept si l’on inclut épouse, ont une connotation positive, tous les autres induisant un jugement de valeur défavorable aux créatures du sexe.

Par souci d’équité, nous avons également vérifié les synonymes listés au terme homme, soit cinquante-huit équivalents échelonnés du laudateur au neutre, contre six induisant une idée amoindrissante, tant moralement que socialement.  

Comment la femme, qui vient après le verbe et l’homme dans l’ordre de la création, pourrait-elle lutter si même les dictionnaires l’enfoncent ?

La femme a de tout temps suscité chez son quasi alter ego homo sapiens sapiens nombre d’interrogations rationnelles. La femme a-t-elle une âme ? Et faut-il la réduire en esclavage ? Dans sa grande sagesse, il a  répondu oui aux deux questions, et, comme le souligne Voltaire, il n’est pas étonnant que partout dans le monde l’homme se soit rendu maître de la gueuse, attendu qu’il a d’ordinaire plus de force physique et d’esprit. On a quelquefois, ajoute-t-il, vu des femmes très savantes ou guerrières, on n’en a jamais vu d’inventrices.

And my ass is it chicken?  Que Machin n’essaie pas de nous faire croire qu’il ignorait que d’Alembert a beaucoup pioché dans les recherches de Julie Lespinasse pour asseoir ses calculs, et que Pierre Curie n’était qu’un charlot comparé à Marie, et qu’Einstein lui-même n’est pas tout à fait aussi clair qu’on veut bien le prétendre.

Si la femme longtemps n’a eu dans le développement des sciences qu’un rôle, non pas  subalterne mais discret, c’est qu’on lui a longtemps nié (et nous employons on, dans toute l’acception populaire qui affirme que on est un c..) le droit même d’user de la parole. Qu’on pouffe autant qu’on veut à la lecture de cette assertion, nous nous en battons l’œil, à défaut (encore) d’autre chose.

Pourtant force est de reconnaître que laisser les femmes s’exprimer sur leur propre condition, n’est sans doute pas ce qui leur permettra un jour d’atteindre à l’égalité à laquelle elles prétendent. Qu’un homme brillant fasse part de ses avis sur le beau sexe, ce sera souvent avec un humour qui manque à toute une greluche, même policée, quand elle s’aventure à la harangue. Ainsi devons nous bien admettre que quand une femme qui a réussi cause des autres femmes (ce qui n’est pas tout à fait la même chose que de causer d’elle même), c’est rarement pour les servir. Rendons cependant grâces à Françoise Giroud qui affirma un jour que la femme sera vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on nommera une femme incompétente.

Les évènements politiques français de l’année 2007 semblent d’ores et déjà indiquer qu’on est sur la bonne voie. Sommés de choisir aux présidentielles entre deux candidats également inopérants, 46 % des votants se sont prononcés pour une femme, le plus souvent d’ailleurs pour de mauvaises raisons, mais enfin, ça montre qu’il ne faut pas désespérer de l’humanité. Encore un effort, les filles !

Dictionnaire Philosophique.

Même s’il nous semble qu’à l’époque tout de même, on aurait dû commencer à cerner avec plus de rigueur les différences physiologiques entre les deux sexes.

Cette citation là n’est pas de Voltaire.

Par Marie Rennard
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