Les L

Jeudi 4 octobre 2007

 

Lycantrophie : Maladie dont sont atteintes les personnes qui se transforment à la pleine lune en loups-garous. Le virus se transmet par la salive au moment de la morsure. Le mot est dérivé du grec « loup » et « homme », ne se trouve guère que dans l’encyclopédie de Diderot et d’Alembert, et cette contribution est entièrement imputable à mon fils Virgile qui m’a gentiment livré un mot que j’ignorais pour mon dictionnaire.

Par Marie Rennard
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Jeudi 4 octobre 2007

 

Lettre : Ce bête mot qui n’en est pas un mais sert à les épeler est un exemple étonnant de la vacuité de certaines réflexions académiques, et du temps nécessaire à l’évolution d’une langue. Les lettres, toutes les lettres de l’alphabet sont aujourd’hui des substantifs (noms) masculins. Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi.

De la nature grammaticale des lettres, on a beaucoup écrit.

Dans la première édition du dictionnaire de l’académie (1694), la lettre A est désignée comme « substantif masculin, première voyelle de l’alphabet ». Dans la deuxième édition du même dictionnaire (1718), la définition a été subtilement modifiée. « A, lettre voyelle, la première de l’alphabet. En ce sens, il est substantif ». La nuance est mince, mais elle est là.

Grammatici certant, les grammairiens, les philosophes discutent, un siècle durant, pour aboutir à un remaniement de la définition du A dans l’édition de 1798, la cinquième. « A, lettre voyelle qui forme à elle seule un mot présentant plusieurs acceptions dont la première est : A lettre substantif masculin, premier caractère de notre alphabet ; A, son, substantif masculin. » Pour enfoncer le clou et clore le débat, la définition précise « dans les deux précédentes acceptions, A est un nom substantif masculin ».

Le sort du A est donc réglé, les académiciens peuvent s’atteler au reste de l’alphabet.

C’est du genre des lettres qu’on se préoccupera, entre autres, désormais.

Peu à peu d’édition en édition, les lettres se verront d’abord attribuer les deux genres, pour n’en garder qu’un seul, le masculin. Le processus va prendre pas loin de 300 ans.

Dans la quatrième édition du dictionnaire de l’académie (1762), la lettre r (jusque là féminin) est désignée comme « Substantif féminin suivant l'ancienne appellation, qui prononçoit[1] Erre; & masculin, suivant l'appellation moderne, qui prononce Re ».  Soit, on disait jusque là une r, on aura désormais le choix, mais il faudra attendre l’édition de 1832 pour conférer légitimement à la lettre f une nature masculine.

La grammaire, on le sait, est pétrie d’immobilisme, mais c’est aussi l’équilibre, la structure et la profondeur d’une langue qu’elle porte sur son dos. Aussi n’accablons pas les grammairiens. Ils vivent dans la hantise de voir dénaturer la langue qu’ils aiment tant, et sont inoffensifs. Ayons même une pensée pour Monsieur E. Gebhart[2] qui écrivait, en 1900, consulté sur la nature grammaticale des lettres (le problème était on le voit, toujours d’actualité), sa crainte que l’orthographe nouvelle ne remplace bientôt les mots par des lettres : « … nous connaissons le B de Tunis, nous jetterons le D, nous dirons G mal à la tête, … un ministère aura du plomb dans L… le tout pour avoir R d’invention profonde »[3]. Lectures pour tous, oct. 1900

Et ce, cent ans avant les SMS.



[1] C’est Voltaire qui le premier écrira des terminaisons en « ai , ait, etc… » arguant qu’il est stupide de se conformer à l’usage et d’écrire « oi » où l’on prononce « ai ».

[2] Académicien tombé dans l’oubli.

[3] Lectures pour tous, Oct. 1900.

Par Marie Rennard
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Jeudi 4 octobre 2007

 

Latin : Qui ne s’est jamais senti pris de mysticisme devant un ablatif absolu ne peut comprendre le latiniste véritable.

C’est qu’il existe deux espèces de latinistes. Ceux qui n’ayant jamais croisé cette langue que dans les pages roses du Larousse, se gaussent d’un « quod dixit ille[1] »  de ceux qui, s’étant astreints, des années durant, à l’étude ardue de l’art de décliner peuvent s’exprimer avec aisance dans ce particulier galimatias.

Il s’avère impossible de bidouiller du latin comme on peut bidouiller de l’italien vulgaire, avec un dictionnaire et une grammaire. Salomon Reinach[2], auteur de « Cornélie, ou le latin sans larmes » explique ainsi, dans l’avant propos de sa méthode « le latin n’a pas d’article, il sous entend très souvent les pronoms, il cherche la brièveté, il use beaucoup de formules, de locutions qu’il faut connaître, et dont on ne peut deviner le sens. .. Pour faire une version latine convenable, il faut savoir du latin. Il n’y a qu’un seul moyen de savoir du latin, c’est d’en apprendre. »

Nous voilà prévenus. Or, un court détour par les statistiques de l’Education Nationale nous montrera que l’apprentissage du latin, en France, est en déclin sérieux depuis le début du vingtième siècle. 4% seulement des élèves du second cycle étudiaient le latin en 2003. C’est, aussi, que le latin, ça ne sert à rien.

L’opinion n’est pas nouvelle, on peut lire, déjà, sous la plume de Rémy de Gourmont[3] « Les études latines ont cet intérêt unique de ne pas être des poisons…. C'est en somme un bon moyen de faire passer le temps, de maintenir pendant les années ingrates l'attention fugitive des adolescents : quelques-uns d'entre eux en retireront un grand profit; aucun n'en éprouvera de dommage certain… « 

Hélas, les jeunes ne savent plus rire, et prennent Sénèque pour un con.

Le latin, pourtant, n’en finit plus d’agoniser, et de génération en génération, il ne manque jamais de véritables amoureux de l’inutile, pour perpétuer sa pratique sans crainte de forcer le néologisme dans ses derniers retranchements pour faire survivre encore cette langue merveilleuse. Vicipaedia, la version latine de Wikipédia, propose ainsi cinq mille articles en latin sur des sujets divers, de l’histoire antique à l’informatique, en passant par les biotechnologies, preuve que la race des cinglés sympathiques a encore de beaux jours devant elle, comme le latin, et c’est tant mieux.



[1] Que dit-il ?

[2] 1858-1932. Auteur également de « Eulalie, ou le Grec sans pleurs ».

[3] Epilogues.

Par Marie Rennard
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