A mon hypochondriaque préférée…
Médecin : Réputés moins dangereux à notre époque moderne qu’ils l’étaient autrefois, ils ont pour certains, d’Esculape à Petiot, laissé leurs noms à la postérité. Tout un chacun connaît Ambroise Paré, chirurgien-barbier des rois Valois, dont aucun ne survécut à ses soins attentifs, malgré la réelle créativité dont sut faire preuve cet homme du peuple, premier parmi ses pairs à s’élever à la noble distinction de médecin sans causer un seul mot de latin. C’est à Ambroise que l’on doit la technique de suture des plaies encore de nos jours employée. On se contentait jusque là de cautériser les blessures au fer rouge, sans réel souci de la survie d’un patient rarement consentant. Ambroise, armé d’une aiguille et de fil, va s’atteler à recoudre vaisseaux et chairs, aidant la cicatrisation par l’application d’un baume dont il a seul le secret, fait de chiots nouveau-nés bouillis dans de l’huile de lys avec des vers de terre et de la térébenthine.
C’est qu’Ambroise, aussi, ne recule pas devant l’expérimentation, et apprend son métier sur le tas plutôt que dans les écrits de Galien, en disséquant à l’Hôtel Dieu autant de cadavres que l’époque peut en fournir. Quand Henri II, traitreusement frappé par l’Anglois Montgomery en tournoi et à la tête par un fragment de lance qui, s’étant introduit sous le heaume dans l’œil gauche, a profondément pénétré le cerveau, Ambroise Paré fera exécuter en urgence quelques condamnés de droit commun afin de pouvoir reproduire sur leur chef la blessure du sien en espérant trouver ainsi quelque remède, avant de clore ses bidouillages d’un catégorique « c’est foutu ».
Avant lui, pourtant, l’histoire a retenu un nom entre tous, celui d’Agnodice, grecque et pourtant brillante, qui malgré l’interdiction faite aux femmes et aux esclaves d’exercer cet apostolat a, avec l’accord de son père, revêtu des braies et coupé ses cheveux pour se lancer dans l’aventure de la gynécologie. A ses patientes, elle révélait son sexe pour gagner leur confiance. Ses succès dans une science encore balbutiante entraînèrent bien sûr la jalousie de ses confrères, qui l’accusèrent de séduire des parturientes qui se livraient à ses soins avec bien moins de retenue qu’à ceux de ses pairs. Elle fut, pour se défendre de l’accusation, contrainte de révéler sa féminité et condamnée à mort. Agnodice n’échappa à l’exécution que grâce au soutient de centaines de femmes qui menacèrent de la suivre au tombeau si l’on appliquait la sentence. Les anciens reculèrent sous la pression, et autorisèrent Agnodice à exercer son art, modifiant même la loi pour permettre aux femmes d’exercer la médecine. Peu d’entre elles, hélas, suivirent son exemple, une seule ayant à ce jour acquis la même notoriété que la téméraire grecque. Nous parlons, bien sûr, de Michaela Quinn, bien plus connue des ménagères de moins de cinquante ans que sa prédecesseuse grecque.
De Vésale à Luc Montagnier, en passant par Rabelais, Pavlov, Guevara, Marat, Locke, Knock, Diafoirus ou Kouchner, les médecins célèbres ont jalonné notre histoire, leur notoriété n’étant pas toujours le fruit de leurs compétences en médecine. Chacun de nous a pour l’un deux une particulière tendresse, la nôtre allant, et c’est justice, à Ludwik Lejzer Zamenhof, créateur, comme chacun le sait, de l’Espéranto, langue d’avenir s’il en est une.
Henri II devra exiger de la Faculté de Paris qu’elle lui confère le titre de Médecin malgré ses lacunes en langues mortes. Auteur prolifique (il rédigea huit ou dix traités fort controversés par l’académie) ce chaud lapin (qui procréa cinq fois à soixante dix ans passés) s’éteignit un an avant la fin du règne de Henri IV au trépas duquel il ne prit point de part…
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