Les M

Jeudi 4 octobre 2007

Matraque : Inséparable compagne des honorables membres de la maréchaussée, la matraque nous vient, ironie du sort, d’Afrique du Nord. Il est vrai qu’elle est employée là-bas pour taper sur les chameaux, rarement sur les chameliers. Les gens d’armes, réputés pour leur sens de l’humour, ont coutume de justifier l’emploi qu’ils en font dans certains commissariats par le fait que les arabes leur ont donné, par quelque inconséquence dont ils sont coutumiers, le bâton pour se faire battre.

Par Marie Rennard
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Jeudi 4 octobre 2007

Mammouth : Le mammouth, que les ignares seuls prennent encore pour un ancêtre surdimensionné  de l’éléphant moderne, fut – pour un temps, notre contemporain. Des deux espèces, inégalement armées dans la lutte qu’elles menèrent contre le blizzardesque froid qui régnait déjà il y a plus de 20 000 ans aux environs de Novosibirsk, l’Homo Sapiens seul survécut, aussi incroyable que cela puisse paraître.

Alors que l’homme n’avait pour lui que sa taille chétive et les rares bouts de bois qu’il pouvait arracher au permafrost les jours de grand beau temps, le mammouth  jouissait d’une fourrure ostensible sur épaisse couche de lard, avait de toutes petites oreilles, l’œil minuscule, et de la corne épaisse sous les pattes.

Tant d’atouts étaient bien pour rendre l’homme envieux. Il entreprit alors d’aiguiser des silex qu’il ficela à un manche de bois, et de pourchasser les mammouths afin de leur faire rendre gorge, fourrure et gras à son propre avantage. Pour faire bonne mesure, l’homme dépeça la bête jusqu’aux os dont il usa pour se construire d’élégantes demeures. C’est au cours de l’une de ces séances de boucherie que l’homme connut l’un de ses tout premiers fous rires, quand il put constater que le mammouth, dans un souci de perfectionnisme sans doute, avait aussi développé le plus subtil moyen de rétention de ses chaleurs internes sous la forme – avouons le bien incongrue - d’un clapet anal rétractile.

Par Marie Rennard
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Vendredi 5 octobre 2007
A mon hypochondriaque préférée…

Médecin : Réputés moins dangereux à notre époque moderne qu’ils l’étaient autrefois, ils ont pour certains, d’Esculape à Petiot[1], laissé leurs noms à la postérité. Tout un chacun connaît Ambroise Paré, chirurgien-barbier des rois Valois, dont aucun ne survécut à ses soins attentifs, malgré la réelle créativité dont sut faire preuve cet homme du peuple, premier parmi ses pairs à s’élever à la noble distinction de médecin sans causer un seul mot de latin[2]. C’est à Ambroise que l’on doit la technique de suture des plaies encore de nos jours employée. On se contentait jusque là de cautériser les blessures au fer rouge, sans réel souci de la survie d’un patient rarement consentant. Ambroise, armé d’une aiguille et de fil, va s’atteler à recoudre vaisseaux et chairs, aidant la cicatrisation par l’application d’un baume dont il a seul le secret, fait de chiots nouveau-nés bouillis dans de l’huile de lys avec des vers de terre et de la térébenthine.

C’est qu’Ambroise, aussi, ne recule pas devant l’expérimentation, et apprend son métier sur le tas plutôt que dans les écrits de Galien, en disséquant à l’Hôtel Dieu autant de cadavres que l’époque peut en fournir. Quand Henri II, traitreusement frappé par l’Anglois Montgomery[3] en tournoi et à la tête par un fragment de lance qui, s’étant introduit sous le heaume dans l’œil gauche, a profondément pénétré le cerveau, Ambroise Paré fera exécuter en urgence quelques condamnés de droit commun afin de pouvoir reproduire sur leur chef la blessure du sien en espérant trouver ainsi quelque remède, avant de clore ses bidouillages d’un catégorique « c’est foutu ».

Avant lui, pourtant, l’histoire a retenu un nom entre tous, celui d’Agnodice, grecque et pourtant brillante, qui malgré l’interdiction faite aux femmes et aux esclaves d’exercer cet apostolat a, avec l’accord de son père, revêtu des braies et coupé ses cheveux pour se lancer dans l’aventure de la gynécologie. A ses patientes, elle révélait son sexe pour gagner leur confiance. Ses succès dans une science encore balbutiante entraînèrent bien sûr la jalousie de ses confrères, qui l’accusèrent de séduire des parturientes qui se livraient à ses soins avec bien moins de retenue qu’à ceux de ses pairs. Elle fut, pour se défendre de l’accusation, contrainte de révéler sa féminité et condamnée à mort. Agnodice n’échappa à l’exécution que grâce au soutient de centaines de femmes qui menacèrent de la suivre au tombeau si l’on appliquait la sentence[4]. Les anciens reculèrent sous la pression, et autorisèrent Agnodice à exercer son art, modifiant même la loi pour permettre aux femmes d’exercer la médecine. Peu d’entre elles, hélas, suivirent son exemple, une seule ayant à ce jour acquis la même notoriété que la téméraire grecque. Nous parlons, bien sûr, de Michaela Quinn, bien plus connue des ménagères de moins de cinquante ans que sa prédecesseuse grecque.

De Vésale à Luc Montagnier, en passant par Rabelais, Pavlov, Guevara, Marat, Locke, Knock, Diafoirus ou Kouchner, les médecins célèbres ont jalonné notre histoire, leur notoriété n’étant pas toujours le fruit de leurs compétences en médecine. Chacun de nous a pour l’un deux une particulière tendresse, la nôtre allant, et c’est justice, à Ludwik Lejzer Zamenhof, créateur, comme chacun le sait, de l’Espéranto, langue d’avenir s’il en est une.

 

 

 



[1] Petiot est ce médecin parisien qui, nous disait le Regretté Pierre Desproges, a prouvé que les juifs sont solubles dans l’acide sulfurique.

[2] Henri II devra exiger de la Faculté de Paris qu’elle lui confère le titre de Médecin malgré ses lacunes en langues mortes. Auteur prolifique (il rédigea huit ou dix traités fort controversés par l’académie) ce chaud lapin (qui procréa cinq fois à soixante dix ans passés) s’éteignit un an avant la fin du règne de Henri IV au trépas duquel il ne prit point de part…

 

[3] Qui sera exécuté comme régicide bien que sa responsabilité ne puisse en aucun cas être incriminée.

[4] On notera que rarement médecin se déclara prêt à tant de solidarité avec ses patients.

Par Marie Rennard
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Mardi 29 avril 2008

Muleta : La muleta, c’est cette sorte de cape montée sur un bâton dont use le matador durant la faena, dernière phase du combat avant l’estocade qui verra le toro succomber en meuglant comme une vulgaire vache devant un toreador virevoltant d’élégance pailletée. Précisons à l’usage des débutants en espagnol qu’il ne faut pas confondre la muleta, qui signifie au choix canne anglaise ou leurre fait d’un drap de serge rouge monté sur un bâton [1] , avec l’amuleto, qui signifie amulette, autre accessoire essentiel, avec le signe de croix, d’une corrida espagnole.

Au seizième siècle, les espagnols, on s’en souvient, colonisèrent l’Amérique Latine et y importèrent celles de leurs coutumes qui faisaient à l’époque la grandeur de leur nation. La Corrida et l’Inquisition. Quelques centaines d’années plus tard, ces peuples libérés des ibères poursuivirent la pratique de ce sport – je cause de la corrida, la pratique de l’inquisition étant presque partout tombée en désuétude, en y apportant quelques modifications de leur cru, et il faut bien le dire, nées du ressentiment qui caractérise l’opprimé.

On garda le toro, symbole de l’Espagne honnie, et on le mit en concurrence avec le symbole autochtone du condor. On attache sur le dos du toro un condor, et on les laisse s’arranger entre eux en confiant à de jeunes gens le rôle des picadors, sans grand risque que le toro, relativement occupé par l’oiseau [2] pas content, s’en prenne à leurs fesses. On s’en doute, à ce jeu là le toro n’a pas plus de chances qu’à l’autre. Mais quand d’aventure c’est le condor qui meurt, les paysans craignent un grand malheur. C’est que les peuples d’Amérique Latine, qui n’ont pas la maturité cartésienne des enfants des lumières, sont attachés à leurs présages. En revanche, quand en Espagne un torero succombe dans l’arène,  il passe à la postérité grâce au pinceau de très grand peintres, comme Manet ou Picasso.



[1] Qu’y dit wikipédia.

[2] Qu’on appelle en espagnol pàjaro qu’est un cauchemar de prononciation.

Par Marie Rennard
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