Les P

Jeudi 4 octobre 2007

Phonobranlette : La création du  terme est attribuée par Monsieur Boris Vian à Monsieur Frédéric Laframboise, célèbre autant qu’hypothétique linguiste canadien et désigne le glissement d’une syllabe vers une autre. Parlementaire est sans doute l’un des plus célèbres exemples de phonobranlette. Parlementaire vient (toujours selon Vian) du vieux français « parler menteur », et a acquis sa forme actuelle par le jeu du glissement des syllabes.

Monsieur Frédéric Laframboise fit paraît il dériver cette dénomination de la « chaise à branlette », fauteuil à bascule des canadiens.

Le mot est mal connu, et mérite mieux qu’une simple note de bas de page dans une chronique intitulée « le prix d’un parlementaire », dont je recommande à chacun la lecture, tant elle reste d’actualité.

C’est toujours dans « Textes et Chansons ».

Par Marie Rennard
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Jeudi 4 octobre 2007

Paupérisme : Misère endémique de certaines familles ou classes sociales. Cette abstraction est réservée aux économistes, qui en sont friands.

Les économistes, qu’on pourrait hâtivement taxer d’inopérance, sont en fait victimes d’une science qui ne permet la prévision qu’à posteriori. Comment pourrait on leur en faire grief, ils sont en général de fort sociables créatures, peuvent passer des heures à redessiner patiemment une courbe pour lui donner juste la cambrure qu’ils lui souhaitent, mettant des trésors d’imagination en œuvre pour faire intervenir le nouveau et génial paramètre qui les fera, enfin, cheminer sur les traces de la Pythie[1].

 



[1] Oracle de Delphes. Les devineresses, à l’origine choisies parmi de chastes et désirables jouvencelles, furent remplacées, à la suite d’un enlèvement, par des femmes d’âge mûr, peu susceptibles de provoquer des élans inconsidérés au sein de la gent masculine.

Par Marie Rennard
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Jeudi 4 octobre 2007

Pachyderme : Qui dit pachyderme souvent pense éléphant. Mais le pachyderme est essentiellement un animal sans autre défense que l’épaisseur de sa peau.

D’une part, les cochons, rhinocéros ou hippopotames sont eux aussi des pachydermes, et d’autre part, on a pu constater au cours des dernières décennies que l’usage de la défense se perd chez l’éléphant, qui en naît de plus en plus souvent dépourvu, de la même façon qu’un nombre croissant d’humains perd ses canines de lait sans jamais les voir remplacées par des définitives. Le pachyderme est un animal au derme épais dont la plus intéressante contribution au monde moderne est d’avoir donné naissance à une science peu connue qu’on nomme barymétrie, du grec barus (lourd) et metron (mesure), qui consiste à apprécier au jugé le poids des grands animaux.  Le protocole d’évaluation semble assez mal défini[1], mais fort bien complété par le procédé dit de cacamétrie qu’on ne peut malheureusement appliquer qu’aux seuls éléphants. En effet, la conformation toute particulière de leur système digestif – l’estomac de l’éléphant est un simple sac de transit situé à la verticale des intestins, et leur digestion plus que sommaire, ont pour conséquence une très faible assimilation de leur nourriture, et la production de fèces qui ont la particularité de ne point s’écraser au sol, gardant l’exacte dimension du rectum de l’animal, et permettant de déterminer la taille ce celui-ci d’après la circonférence du caca grâce à la formule élémentaire Ø x ∑⅝2.

Des éléphants, on connaît la prodigieuse mémoire et le goût pour l’alcool. Les psychologues ont démontré que si cet animal s’enivre, c’est délibérément, pour oublier le stress dû aux dégradations subies par son environnement naturel, et que ses préférences vont aux boissons contenant une concentration d’alcool de sept degrés par litre, soit exactement la proportion qu’on trouve aux fruits fermentés et, à ½ degré près, dans la Pelforth brune. Les expériences menées en laboratoire ont en outré démontré que l’éléphant, comme l’homme, éprouve de grandissantes difficultés à réussir le test de Gallup[2] à mesure que s’accroît son taux d’alcoolémie, et cette constatation nous rend l’animal bien plus éminemment sympathique que les blagues à la con qui traînent depuis des siècles dans les cours de récré, du genre « pourquoi les éléphants se déplacent-ils en troupeaux compacts[3] ? »

 

 



[1] En réalité, les protocoles de calcul de barymétrie sont extrêmement complexes, tenant compte de nombre de paramètres qui varient d’une espèce à une autre. La hauteur au garrot, par exemple, n’est bien évidemment pas pondérée de la même façon chez DSK et chez la girafe. Aussi tout calcul amateur risque-t-il de présenter de non négligeables marges d’erreur.

[2] Mais si, le test de Gallup. Faites vous peindre sur le front une croix rouge, et essayez de la toucher du bout de la trompe en vous regardant dans un miroir.

[3] C’est celui du milieu qu’a la radio.

Par Marie Rennard
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Lundi 15 octobre 2007

Passer : Qu’est-ce que passer ? demandait Sartre[1]. C’est à la fois être en un lieu et n’y être pas, répondait-il tout de go, démontrant par là son peu de goût pour le suspense.

Nous pourrions cependant lui rétorquer[2], comme Cyrano, c’est un peu court, jeune homme, et y’a bien plus à dire d’un verbe transitoire. Evoquons, par exemple, la très populaire expression passer du coq à l’âne, qu’on considère à tort comme une figure de style, ce qui pousse nos chiards à l’orthographier le plus souvent sous la forme de passer du coca l’âne, en demandant ça veut dire quoi.

Dans sa fonction première, et la seule cohérente, cette locution n’a d’autre vocation que de qualifier un récit relatif tout ensemble aux gallinacés rupicoles de long temps acclimatés dans nos fermes, et à la gent asine, comme nous l’allons illustrer tout de suite.

 

Des mœurs communes aux coqs et aux ânes.

 

Tout un chacun connaît l’intensité sonore à laquelle peuvent atteindre ces espèces pourtant fort divergentes de conformation. Domestiquées toutes deux par l’homme dans le but avéré d’accroître son confort, celui-ci se trouva fort marri de constater qu’elles nuisaient chroniquement à la quiétude de ses heures de repos, et s’employa très tôt à trouver des moyens d’imposer, de la basse-cour à l’étable, un silence de bon aloi entre vingt heures et huit heures du matin.

C’est ainsi qu’en Afrique, en 1845, les soldats de la cohorte du général Cavaignac, « attachaient à l’une des pattes du coq une ficelle lâche qui lui permettait de parcourir l’espace restreint de la tente et passait au dessus de la traverse supérieure pour venir reposer à côté de la main du dormeur. Dès que le pauvre animal commençait son cri guttural, le dormeur tirait brusquement sur la ficelle, et le coq se retrouvait subitement pendu par la patte. On le remettait à terre, et on recommençait. Après trois ou quatre envolées, le coq ne chantait plus. On le voyait quelquefois, alors même qu’il était débarrassé de la terrible ficelle, redresser la tête, gonfler son gosier, pousser une première syllabe, co et s’arrêter subitement à l’idée de la catastrophe qu’il redoutait ».

Passons maintenant de l’Afrique à l’Asie, et du moyen de faire taire un coq à celui de faire taire un âne.

Le Père Huc[3] raconte, dans Souvenirs d’un Voyage dans la Tartarie et le Thibet, comment on empêchait en Chine les ânes de braire la nuit. Chacun sait bien que l’âne, pour braire, commence par lever sa queue, et la tient horizontalement tout le temps que dure sa chanson. Il ne suffisait donc, lui expliquait un catéchiste chinois, pour condamner un âne au silence, que de lui attacher une pierre à la queue pour l’empêcher de la lever.

Je propose que, dans le souci de lier les apprentissages, nous laissions à nos enfants le soin de s’assurer in vivo, pendant leurs vacances à la ferme, de l’efficacité des ancestrales méthodes que ces anecdotes, qui passent pour authentiques, donnent pour souveraines. Cela leur permettra, au moins, de conférer quelque palpable substance au verbe passer, leurs vacances au cul des vaches, par exemple, ce qui démontre bien que Sartre avait la vue courte, et qu’un lieu soit qu’on y est, soit qu’on y est pas, qu’est-ce que c’est ces philosophies à la con ?

 



[1] Etre et Néant.

[2] Rétorquer ?  A Sartre ?

[3] Je jure que j’y suis pour rien. Vous pouvez vérifier, c’est le premier Français à être passé par Lhassa.

Par Marie Rennard
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Samedi 29 décembre 2007

De la psychohistoire : C’est dans le cerveau positronique de Giskard, robot télépathe du Docteur Fastolfe, humaniste et roboticien d’Aurora, seul créateur des robots humanoïdes que naît l’idée de cette science qui alliera l’histoire, la psychologie, la statistique et les probabilités pour déterminer en projections tridimentionnelles, grâce aux équations a-chaotiques de Sohrb et O’Sien,  le cours à venir de l’histoire de l’humanité. Du rêve à la concrétisation, il passera des millénaires. C’est avec Hari Seldon que, sur Trantor, la psychohistoire prendra son envol notamment grâce à l’aide de Daneel, clé de voûte de l’œuvre. Sous leur égide  s’établiront deux Fondations, l’une technologique, l’autre secrète et mentaliste, qui oeuvreront, après la chute de l’empire galactique, à réduire le chaos pour épargner à l’humanité trente mille ans de ténèbres.

Sa vie durant, cet incroyablement prolifique auteur qu’aura été Asimov a tracé l’histoire future de l’humanité comme l’on brode un canevas. Des nouvelles de Robots au premier cycle des fondations, en passant par les cavernes d’acier ou les enquêtes d’Elijah Baley sur Solaria puis Aurora, cet homme qui regrettait de s’être fait biochimiste plutôt qu’historien nous a conté les guerres et les hommes à venir.

A moins que, lecteur vierge, on ne décide de se livrer à une lecture méthodique de l’œuvre d’Asimov dans l’ordre chronologique de l’histoire, on n’a souvent d’autre choix que de la découvrir comme il l’a écrite, sous forme de puzzle et en assemblant les morceaux jusqu’au jour où le dernier livre posé – Terre et Fondation, le reflet de la perle illumine le tableau, et qu’on reste sur cette taraudante question : comment un homme aussi individualiste que l’était Asimov a-t-il pu choisir la solution Gaïa ?

Par Marie Rennard
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