Relaps : Ne désigne pas, malgré son origine latine relapsus, celui qui fait deux lapsus, mais celui qui, après avoir abjuré son hérésie, y retombe. Les maîtres de l’ordre des templiers, qui renièrent publiquement leurs confessions[1] de sodomie et d’hérésie, furent déclarés relaps par l’église, et conséquemment soumis à la justice séculière (celle du roi Philippe IV, dit Le Bel à l’âge adulte, et le Baby Bel quand il était petit « pour ce qu’on avoit jamay connu d’enfan qui tant des pies pua »). Philippe IV s’empressa de condamner au bûcher Jacques de Molay et ses acolytes, moyen simple et efficace de clore le procès[2].
Jeanne d’Arc, également, fut brûlée comme relapse pour avoir porté des pantalons malgré sa promesse de s’en tenir aux vêtements féminins. Il faut dire, à sa décharge, qu’on lui avait piqué ses jupes[3], et qu’elle n’avait d’autre alternative au port du pantalon que l’exhibitionnisme le plus sommaire, auquel personne, hormis Lady Godiva[4], et seulement par altruisme, ne s’était à l’époque résigné.
Mais revenons à plus de sérieux. Les textes régissant l’inquisition et ses tribunaux sont éloquents et constituent en outre une lecture fort divertissante. Que les curieux plongent plus avant dans le « Directoire des inquisiteurs » de Nicolas Eymeric, abondamment cité et commenté par Monsieur Voltaire dans son Dictionnaire Philosophique, et dont je vous laisse découvrir quelques lignes.
« Les relaps, lorsque la rechute est bien constatée, doivent être livrés à la justice séculière, quelque protestation qu’ils fassent pour l’avenir, et quelque repentir qu’ils témoignent. L’inquisiteur fera donc avertir la justice séculière qu’un tel jour, à telle heure, et dans un tel lieu, on lui livrera un hérétique; et l’on fera annoncer au peuple qu’il ait à se trouver à la cérémonie, parce que l’inquisiteur fera un sermon sur la foi, et que les assistants y gagneront les indulgences accoutumées. »
Le barème des indulgences octroie trois ans de rémission de purgatoire aux délateurs d’hérétiques, ainsi qu’à ceux qui contribuent à la capture ou à la condamnation d’un hérétique, mais quarante jours seulement pour les spectateurs des procès.
[1] Avouées sans torture. Les historiens se perdent en conjectures.
[2] Pour connaître les détails, sans le côté fastidieux (ni malheureusement la rigueur) des exposés historiques, lire « les rois maudits » de Maurice Druon.
[3] Par pure malveillance.
[4] 868-1067, épouse du Lord de Coventry, intercéda à plusieurs reprises auprès de celui-ci pour qu’il consente à baisser les impôts dont il accablait le peuple. Excédé, il lui répondit qu’il reverrait les impôts à la baisse le jour où elle traverserait la ville en tenue d’Eve. Lady Godiva fit savoir aux habitants de la ville qu’ils aient à se tenir chez eux portes et volets clos pendant qu’elle accèderait, pour leur salut, au vœu de son époux. La légende prétend qu’un tailleur du nom de Tom fut frappé de cécité pour avoir violé la consigne de Lady Godiva, donnant naissance au terme de « peeping tom » toujours utilisé en anglais pour désigner un voyeuriste furtif.

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