Les S

Jeudi 4 octobre 2007

Sycophante : Dénonçait dans l’antiquité les voleurs de figues sur les arbres consacrés, et plus tard ceux qui firent profession d’assigner en justice, par le biais de la délation, les citoyens riches dans l’espoir de se voir rétribués d’une partie des biens de leurs victimes. Le sycophante désigne de nos jours un délateur. On l’appelle également cafteur sur les bancs de l’école, indic dans la police, ou citoyen au gouvernement de Vichy…

Cela médit, ce mot présente une surprenante particularité. Il existe dans la langue anglaise, le terme « sycophant », mais qui se traduit en français par « flagorneur ».

Dans les deux langues, l’origine grecque est attestée sous la forme de phaneim montrer et sykon la figue.

C’est sur l’interprétation du sens que les points de vue divergent. Nous avons donné celui des français, voyons celui des anglophones.

Selon One Look Dictionary,  le mot, attesté depuis 1575, désignait les partisans des politiciens les plus en vue qui « montraient la figue » à leurs adversaires en un antique doigt d’honneur consistant à passer leur pouce entre deux doigts pour symboliser les organes génitaux féminins. Les politiciens s’abstenant naturellement, eux, de toute obscénité, le terme de « sycophant » en vint à désigner les flagorneurs prêts à tout pour se faire remarquer du maître.

Cette origine est confirmée par les dictionnaires de langue anglaise relativement récents, à d’infimes variantes près.

Si l’on consulte pourtant, les dictionnaires du début du siècle, on retrouve, au Webster de 1913, dans un premier sens, le délateur, et dans un second sens, le flagorneur, mais sont  signalées des incertitudes sur l’origine du sens.

Dans l’édition de 1928 du même Webster, le mystère s’est éclairci, l’origine du terme est de nouveau attribuée aux dénonciateurs des voleurs de figues, avec une obscure transition vers le sens de flagorneur.

 

Si l’explication donnée par Outlook dictionary prête le flanc au doute, elle gagne en fantaisie ce qu’elle perd en rectitude, et on doit éprouver dans ces cas là l’immense bonheur d’être le seul à avoir tort quand tous les autres ont raison.

Par Marie Rennard
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Jeudi 4 octobre 2007

Suffragette : Revendicatrice et déterminée. Evidemment ces adjectifs, isolés de tout contexte, sont de ceux qui font frémir, surtout au féminin.

Mais replaçons les dans leur contexte, justement, pour saluer publiquement, sans ironique arrière-pensée, ces femmes qui dès la fin du 19ème siècle, affrontèrent l’opposition, les quolibets, la dérision, voire la souriante indulgence de leurs maîtres pour obtenir d’eux la reconnaissance de leurs plus élémentaires droits.

« Un néologisme qui promet » (sous) titre « Lectures pour tous » d’octobre 1900. Et de peindre en ces termes l’action militante de Mmes Kauffmann et Pelletier :

 

« Pendant la période électorale (…) Mmes Kauffmann et Pelletier parcouraient les quartiers du centre (…) puis elles se mettaient en devoir, elles aussi, de coller sur les murs leur profession de foi, sans souci des apostrophes qui ne leur furent pas ménagées…

Leur attirail, aussi bien que leur costume, prêtait quelque peu, il faut le reconnaître, à la plaisanterie ».

 

Les femmes réclament le droit de vote. Qui pis est, elles argumentent, réclament leurs droits au nom de leurs devoirs. Elles paient des impôts, elles doivent voter.

Elles s’appuient sur des précédents. Depuis 1898, une loi confère aux femmes commerçantes le droit d’élire les juges des tribunaux de commerce. Depuis 1893, l’égalité politique règne en Nouvelle Zélande. Les états américains du Wyoming et du Kansas ont reconnu le vote des femmes. Le Wyoming leur donne même le droit d’être élues aux conseils municipaux, et fait officiellement savoir que l’adoption du suffrage féminin « a contribué à bannir de l’état la criminalité, le paupérisme et le vice ».

En Europe, la Croatie et la Suède cèdent du terrain.

En Angleterre et en France, les législateurs commentent :

 

" En vain prétend-on que l'égalité civile accordée à la femme a pour corollaire nécessaire son émancipation politique. C'est méconnaître absolument le rôle de la femme dans l'humanité. Destinée à la maternité, faite pour la vie de famille, la dignité de sa situation sera d'autant plus grande qu'elle n'ira point la compromettre dans les luttes de forum et dans les hasards de la vie publique. Elle oublierait fatalement ses devoirs de mère et d'épouse, si elle abandonnait le foyer pour courir à la tribune (...) On a donc parfaitement raison d'exclure de la vie politique les femmes et les personnes qui, par leur peu de maturité d'esprit[1], ne peuvent prendre une part intelligente à la conduite des affaires publiques. " Emile Morlot, député radical.

Ils renvoient aimablement ces dames, voire leur font interdire l’accès à leurs bureaux par de débonnaires membres de la maréchaussée jusqu’à ce que lassées, elles tentent de s’ouvrir un chemin à grands coups de gifles et d’ombrelles. On en prend encore prétexte pour se gausser, en oubliant sans doute que les femmes n’obtinrent le droit de vote qu’en  1928 en Angleterre, en1944 en France (elles voteront pour la première fois en 1945), et en 1971 en Suisse, encore a-t-il fallu attendre qu’un jugement du tribunal fédéral suisse en 1990 contraigne le canton d'Appenzell Rhodes-Intérieure à accorder aux femmes droit de vote et éligibilité.

 

 



[1] Euphémisme ?

Par Marie Rennard
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Jeudi 4 octobre 2007

Solécisme : « Vient du latin solécismus, fait du grec « illisible », signifie habitants de la ville de Solès en y ajoutant la terminaison grecque ismos (imitation) ; parce que, dans cette ville fondée sous les auspices de Solon, qui y transporta une colonie d’Athéniens, la pureté de la langue grecque se corrompit tellement par leur commerce avec les habitants de la ville de Solès, que l’on a finit par dire en proverbe : faire des solécismes, c’est proprement parler comme à Solès. »[1]

                                                           

Le solécisme désigne une violation des règles établies pour la pureté du langage, l’emploi fautif de formes par ailleurs existantes. C’est ce qui le différencie du barbarisme.

Le Petit Robert cite en exemple :

 

* « je suis été »

 

Et Molière avant lui :

 

            * « je n’avions pas étudié comme vous »



[1] Source : Grammaire des grammaires, Ch. Giraud Duvivier, 1819

Par Marie Rennard
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Jeudi 4 octobre 2007

Sabir : Mélange d’espagnol, d’italien, de français et d’arabe, le sabir est né sur les rives du Levant et de l’Afrique du Nord. La grammaire en est aussi aléatoire que le vocabulaire en est pauvre, le style mercantile, l’efficacité redoutable. C’est, sur les souks Marocains, la langue la plus couramment utilisée entre arabes, le discours adressé au chaland francophone restant, sur le fond, identique, et dans la forme considérablement mâtiné de français.

On rapproche souvent, par le sens, sabir de charabia, attribuant aux deux mots des origines arabes. S’ils ont tous deux la même signification, et les mêmes origines dans des nécessités commerciales, charabia désigne le dialecte auvergnat, et pourrait tenir son étymologie dans la forme ancienne « charabarat », marché aux chevaux, maquignonnage.

Par Marie Rennard
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Lundi 15 octobre 2007

Savoyard : On a souvent du Savoyard cette image d’Epinal encore aujourd’hui perpétuée dans les échoppes à touristes d’un gamin aux joues rouges entortillé de chiffons noirs, une marmotte sur l’épaule et une échelle au dos, parcourant les chemins pour s’en aller ramoner ici et là les cheminées de France. Or, si les savoyards, longtemps, ont été contraints à l’exil pour survivre, ce n’est pas au métier de ramoneur qu’on les a vus le plus fréquemment s’employer, mais à celui, encore plus subalterne, de décrotteur.

Le premier à avoir fait mention de cette corporation semble être Thomas l’Affichard, qui écrivait en 1750 dans Le voyage de Monsieur de Cléville « Ce fut un docteur en médecine de la Faculté de Montpellier, nommé Le Boux, qui mit le décrotteur en usage, et avant ce temps là, on se faisoit suivre par un domestique qui décrottoit son maître à la porte des personnes à qui il alloit rendre visite. Ce médecin vivoit encore en 1720 et demeuroit dans une maison à lui, rue Jean Pain Mollet. »

Fournier, dans le tome II de son Histoire du Pont Neuf, corrobore l’information donnée par l’Affichard sur l’origine des décrotteurs en ces termes « « Les premiers, on ne sait pas au juste à quelle époque, mais sûrement avant 1695, étaient venus, conseillés et subventionnés par un médecin de la rue Jean-Pain-Mollet, (…) en arborant bravement, pour leur infime métier, la devise A la royale, dont les plus riches se faisaient alors une enseigne.»

On le sait, les rues parisiennes, jusqu’à l’avènement d’Haussmann, sont dépourvues de trottoirs ainsi que d’entretien, et à la boue se mêlent nombre d’immondices porteurs de miasmes en tous genres. Les décrotteurs savoyards vont rapidement se répandre dans toute la cité, nettoyant d’un mélange d’huile et de suie[1] les souliers des passants sur le seuil des maisons. Leurs services, quelle que soit la fluctuation des monnaies, se paient à deux liards, nous dit Louis Sébastien Mercier dans son Tableau de Paris, et ne se limitent pas à nettoyer les souliers des passants, mais également à garantir la sécurité publique. Qu’on aie besoin, dans un théâtre, de s’assurer de la solidité des gradins, et l’on enverra tous les décrotteurs savoyards taper du pied ensemble sur les bancs pour tester leur résistance avant d’y placer le beau monde[2]. A partir de la révolution, la profession va prendre un nouvel essor, les décrotteurs ayant eu l’idée de jeter en travers des rues, les jours de pluie, des planches sur lesquelles il invitera, par son célèbre cri Payez Passez, le bourgeois qui a les moyens à traverser sans voir ses bas souillés.

C’est à cette époque également que les gueux savoyards, aspirant à la reconnaissance publique, vont commencer à se nommer artistes décrotteurs avant de disparaître, l’usage des trottoirs entraînant l’obsolescence de leur industie. Leur corporation, cédant au progrès, va s’éteindre, les renvoyant  aux vicissitudes de leur Etat naturel, et ne sera remplacée que bien plus tard, quand la pollution canine imposera aux services parisiens de voirie l’emploi de motocrottes, par celle de ressortissants Comoriens cette fois, délégués au ramassage des seize tonnes de merde puante que des dégueulasses sèment quotidiennement sous les baskets d’honnêtes cynophobes.

On reviendra, dans cet ouvrage, sur le destin des savoyards, afin de démontrer que malgré la suffisance et les revendications d’indépendance qu’affichent de nos jours ces paysans mal dégrossis transformés en Directeurs de PMI experts en Théories de la Mondialisation, ils restent prisonniers, irrémédiablement, de leurs vallées étroites et de leurs tares de peks[3].

 

 Tableau : Aquatinte de Philibert Louis Debucourt, 1818



[1] Ils répugnent, nous dit Fournier, à user de cire angloise, à cause de l’épithète, mais leur mélange, s’il a l’avantage du patriotisme, présente aussi l’inconvénient de tacher irrémédiablement les jupons des dames.

[2] Il est regrettable, sans doute, qu’on n’aie pas songé à cet antique moyen dans la ville de Furiani. Les gradins du stade eussent-ils cédé sous le poids d’un millier de savoyards contemporains qu’une catastrophe civile eût pu prendre des airs de salutaire épuration.

[3] Abréviation de péquenot, fort usitée dans les cours de récréation de la région dans la locution tronche de pek qui désigne un rustre à figure disgracieuse.

Par Marie Rennard
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